20 mars 2020
Collectif budgétaire, oublier Maastricht ! - Olivier Pichon

L’urgence économique suivant de près l’urgence sanitaire, voilà que le pouvoir décide d’un projet de loi de finances rectificative pour 2020. permettant de financer ces mesures d’urgence économique.
L’Europe qui protège : tromperie sur la marchandise !
Un enterrement de première classe pour les traités et directives européens, qui, soit dit en passant, deviendraient des chiffons de papier. Les circonstances exceptionnelles prévues par les traités européens étant remplies, les « contraintes maastrichiennes » sont pour le moment suspendues, autorisant des mesures budgétaires « massives ». Tout se passe comme si, quand la situation devient critique, l’Europe devenait superfétatoire, une sacrée leçon pour l’avenir ! On nous avait vendu une Europe qui protège, qui rassure, qui vient en aide, il y a manifestement tromperie sur la marchandise !
Il s’agit donc de faire face à la crise économique en prenant des mesures de « relance » et de « soutien » des services publics et du tissu économique. La résultante sur les finances publiques calibrée pour 2 mois de perturbations de l’activité est massive : un PIB réévalué à -1% en volume (-0,4% du PIB en valeur) et un déficit public qui se creuse à -3,9% (enfoncé l’impératif catégorique des 3% !) de PIB contre -2,2% en loi de finances initiale (LFI 2020). Quant à l’impact sur la dette le PIB est dépassé !
Donc, voici d’abord 45 milliards (probablement plus 49 M) pour le financement de l’activité partielle, le soutien aux entreprises, la prise en charge du chômage partiel pour deux mois (il est à craindre, au vu des perspectives sanitaire que ce soit plus) l’Etat prend à sa charge, avec le concours de l’UNEDIC, un dispositif exceptionnel de chômage partiel budgété à hauteur de 8,5 milliards d’euros. Report de charges fiscales et sociales, achats de stock médicaux, pour ces derniers a posteriori, la prévoyance d’état ! Puis 300 milliards de prêts garantis par l’Etat et 1000 milliards de garanties de prêts bancaires internationaux.
Mesures de l’impact et doutes sur l’efficacité
Le « trou d’air » provoqué par la crise serait temporaire (2 mois) et n’affecterait pas plus les facteurs de production, l’activité économique reprenant ensuite à un rythme identique à celui précédent la crise. Ainsi, selon le gouvernement, le déficit structurel ne serait pas impacté, seul le déficit conjoncturel serait creusé, l’ensemble des mesures décidées étant considérées comme temporaires,
On peut malheureusement en douter, on verra une reprise sans doute en Chine un peu plus rapide que prévue, grâce à la puissance et l’efficacité de sa réaction, un prix du baril de pétrole qui chute (donc une amélioration de notre solde extérieur). Mais c’est en Europe que la crise est la plus profonde avec une situation Italienne et Espagnole très dégradée dans les mois à venir. Les interventions massives et « non conventionnelles » de la BCE vont reprendre (entendez QE, planche à billet) Madame Lagarde va continuer à faire des bulles elles mêmes causes du Krach boursier, on tourne en rond avec des remèdes qui sont des poisons !
On peut aussi douter du caractère temporaire de la crise et surtout s’inquiéter du poids de la charge des intérêts de la dette publique française, si d’aventure le Covid avait réveillé un autre virus redoutable celui de la remontée des taux d’intérêts. Quant au chômage, de partiel il risque de devenir réel et de repasser la barre des 10%.
Olivier Pichon