19 mars 2020
Covid 19, le mur de Berlin de la mondialisation - Olivier Pichon

Il y a trente ans, (une génération) le mur de Berlin était tombé et la fin de l’histoire (au sens politique militaire et ...tragique, toujours tragique) était proclamé par tout ce qui compte d’intellectuels et de médias. Enfin on allait abandonner le gouvernement de hommes et se livrer à l’administration des choses. Et on a vu : guerres et attentats se sont succédés pour nous ramener dans l’histoire qui n’avait pas disparue. On se consolait de cette persistance de l’histoire en se disant que les peuples étaient arrachés à la misère par la mondialisation économique et qu’il valait mieux torturer son compte en banque que son voisin. Mais à quel prix ? La classe moyenne des pays riches s’appauvrissait et le capitalisme heureux (celui de grand papa, celui de Schumpeter et de Weber) qu’on nous vantait était enterré en grande pompe par le financier. Le bon vieux capitalisme industriel qui fit la splendeur et la force de l’occident s’effaçait au profit de la finance mondialisée. Avec elle, point besoin d’Etat, il fallait qu’il recule et il recula, il devenait d’ailleurs moins important sur le plan budgétaire que les grandes multinationales. Contraint de réduire les budgets de la santé, les budget militaires (et le service du même nom pour la France. Merci M. Chirac !) la justice, la police et tous les ministères régaliens, mais augmentant les budgets de l’Etat providence, par nature attractifs, financés par la population de souche pour faire venir de la main d’œuvre à bon marché qui lui faisait concurrence. A ces travailleurs on offrait le spectacle des footballeurs surpayés tandis qu’on payait chichement les médecins hospitaliers et les personnels de santés si nécessaires aujourd’hui. La retraite par capitalisation devenait la panacée, c’était l’aubaine des marchés financiers et les fonds de pensions devaient prospérer à condition que les basses besognes de l’industrie, la Chine et les pays arrachés à leur misère devinssent des pays ateliers, ainsi l’usine du monde fut chinoise comme le covid 19.
C’est dur pour Macron d’être contraint à abandonner ses chimères mondialistes ! Exemple emblématique, la frontière : jusqu’au dernier moment il s’est cramponné à l’idée de ne pas la fermer même après que l’Allemagne l’a fait. Car, ne pas fermer une frontière, est un dogme de la religion mondialiste, Macron adepte forcené et sectaire de cette croyance préférait sacrifier la sécurité au risque de son idéologie. Dans sa pensée, c'est la liberté, alors même qu'il agit en idéologue à rebours de la réalité, résolu à ne pas toucher aux immortels principes, il se croit disciple de Smith il est surtout le fils de Robespierre.
En bonne logique un virus ne peut à lui seul expliquer le krach boursier, sauf si ce virus cause non économique, catalyseur de catastrophe, est en réalité le kairos, le moment décisif des grecs ou il faut saisir l’occasion de ne plus continuer sur le modèle en cours. La dessus Macron est en train de changer, opportuniste comme il l’est, il sent bien qu’il ne peut plus, pour l’instant, nous vendre de l’Europe, laquelle n’a pas fermé les frontières, ce sont les états qui l’on fait tandis qu’elle est inexistante dans la crise grecque. Le voilà qui nous tient un discours régalien, souverainiste sur le plan économique, ne soyons pas dupe de cette brusque conversion. Mais Chacun sent confusément que ce minuscule élément organique est le vrai facteur, à la fois physiologique et anthropologique, le cygne noir externe à la sphère économique qui remet tout en cause, qui rebat les cartes. Le covid 19 induit, à rebours, la prise de conscience de toutes les conséquences négatives de la mondialisation. Les conteneurs étaient pleins de marchandises c’était bon pour le consommateur, « C’est pour assouvir ton moindre désir qu’ils viennent du bout du monde ! » disait déjà Baudelaire, mais ils apportaient aussi les espèces invasives, le frelon asiatique, la pyrale du buis, signes discrets mais avant- coureurs que la facture allait se présenter tôt ou tard pour les humains.
Trente ans se sont passés il est temps de réfléchir à un nouveau modèle, il ne sera certes pas celui des trente ans écoulés.
Olivier Pichon