21 avril 2022
Débat de l'entre-deux-tours : Bilan comptable

Très attendu par les journalistes des grands médias qui ne cessent de nous seriner depuis cinq ans avec la prétendue « prestation catastrophique » de Marine Le Pen en 2017, et abusivement présenté par ces derniers comme étant « le moment décisif » de la campagne présidentielle, le traditionnel débat d’entre-deux-tours qui a opposé mercredi soir, pendant près de deux heures et demie, la candidate du RN et le président sortant aura été, il faut bien le dire, plutôt décevant. Et ce pour plusieurs raisons. D’abord parce que, en imposant trop de thèmes aux deux candidats en si peu de temps, les organisateurs ont contraint ceux-ci à survoler les vrais grands maux dont souffre aujourd’hui notre pays et à s’écarter quelque peu des enjeux majeurs de cette élection. Ensuite parce que, en voulant à tout prix policer ce débat et éviter une confrontation un peu trop « musclée », ils ont quasiment réduit ce dernier à un déballage d’annonces de part et d’autre, finalement assez soporifique. Etait-ce là le but recherché ? Y avait-il volonté d’empêcher Marine Le Pen d’aller véritablement sur le fond et de lui offrir ainsi l’occasion d’éreinter comme il le mérite Macron sur son bilan catastrophique, notamment en matière d’immigration et de sécurité ? Quoi qu’il en soit, on gardera de ce duel une image particulièrement forte : celle d’une candidate RN ayant acquis la carrure d’un véritable chef d’Etat, armée d’un solide programme politique et parlant de la France avant tout avec son cœur. Soit le parfait opposé d’un Macron plus que jamais arrogant, cynique et au ton sans cesse professoral, refusant systématiquement d’assumer son bilan et n’hésitant pas à promettre des lendemains qui chantent aux Français qu’il a tant malmenés pendant cinq ans.
C’est ainsi que, au cours de cet échange qui a porté sur une multitude de sujets (pouvoir d’achat, prix de l’énergie, emploi, etc.), le président sortant, n’hésitant pas à se féliciter – sans rire – de son bilan, n’a cessé de multiplier les coups bas et procès d’intention contre la candidate du RN. Notamment lorsque, abordant le problème de la guerre en Ukraine, il a accusé lamentablement Marine Le Pen de « dépendre du pouvoir russe » et « de M. Poutine », en faisant référence au prêt financier que le FN s’est vu contraint de contracter en 2014 auprès d’une banque russe. Une attaque franchement odieuse quand on se souvient qu’à l’époque Marine Le Pen avait essuyé des refus de la part de l’ensemble des banques françaises, probablement d’ailleurs à la suite de pressions exercées sur celles-ci par le pouvoir en place. Une vérité que la candidate du RN n’a évidemment pas manqué de rappeler, en soulignant au passage que Macron, qui s’était justement engagé en 2017 à créer une « banque de la démocratie » pour pallier ces problèmes de financement, s’était empressé d’enterrer sa promesse une fois élu… Evoquant ensuite le projet d’Europe des nations défendu par Marine Le Pen, le président sortant, faisant une fois de plus la démonstration de sa soumission totale aux autorités de Bruxelles et aux traités européens, a alors accusé son adversaire de « vouloir en réalité sortir de l’UE ». Comme si, a très justement répondu la candidate de la droite nationale, le choix devait obligatoirement se faire entre une France « contrainte d’accepter l’ensemble des règles de l’Union et se taire » et une France totalement indépendante de l’Europe. Or, a lancé Marine Le Pen à Macron, en rappelant que notre pays était encore une puissance mondiale, et donc capable d’imposer sa position au sein de l’UE, « j’ai beaucoup plus d’ambition que vous » !