09 mai 2019
Délocalisation : moins d’emplois en France mais plus de misère en Afrique

Alors que la France et les Etats européens délocalisent toujours plus, le scandale de travailleurs exploités se déplacent… et si l’Asie semblaient être l’épicentre de la production de textile, l’Ethiopie est à présent pointée du doigt, impliquant des grandes enseignes comme H&M ou Calvin Klein.
Des salaires ultra-low-cost
Travailler un mois pour 23 euros… c’est la perspective qu’offrent des groupes comme H&M, Calvin Klein ou encore Guess en Ethiopie. Le calcul est simple, en tirant les salaires le plus bas possible, ces entreprises gagnent en compétitivité, vendent moins chers en maintenant des marges juteuses.
L’intérêt du marché éthiopien est clair pour les groupes textiles : les travailleurs y sont encore moins payés que dans un pays comme le Bangladesh, où les ouvriers sont rémunérés environ 85 euros par mois… ils sont d’ailleurs les travailleurs du secteur les moins payés au monde à en croire un rapport du centre Stern pour les affaires et les droits de l’homme de l’université de New York publié mardi 7 mai.
A titre de comparaison, le fameux made in China s’avère aujourd’hui nettement moins lucratif avec un salaire moyen avoisinant les 300 euros.
Les autorités Éthiopiennes complices
Les autorités éthiopiennes ont leur part de responsabilité dans ce phénomène. Et pour cause, la capitale du pays Addis Abeba, voulant à juste titre créer de nouveau débouchés dans une économie tournée essentiellement vers l’agriculture, s’est tourné vers le secteur textile. Mais en poursuivant le rêve d’un « Made in Ethiopia » inondant les marchés mondiaux, les autorités du pays n’ont pas envisagé ou n’ont pas voulu voir que le salaire de base ne permettrait pas aux travailleurs de vivre de leur travail.
Résultat : une augmentation de la production certes mais aussi des grèves à répétition et un niveau de turn-over élevé… à tel point que certaines usines changent l’intégralité de leur personnel tous les douze mois en moyenne. Les ouvriers, parmi lesquels de nombreuses femmes, servent ainsi de valeur d’ajustement à l’industrie textile.
Une situation alarmante qui n’empêche pas le pays de voir toujours plus grand. Ainsi le gouvernement entend faire passer le chiffre des exportations de 145 millions de dollars par an à 30 milliards dans les années à venir… un bond en avant irréalisable mais qui témoigne de la dynamique que connaît le secteur dans un pays en proie aux investissements massif de la Chine.
La Chine : premier partenaire de l'Éhiopie
Pékin, premier partenaire du pays entend en effet faire de l’Ethiopie l’épicentre de l’industrie textile de demain… pour y parvenir des entreprises chinoises ont notamment bâti une voie ferrée reliant la capitale Addis Abeba à Djibouti, point d’accès indispensable pour le transport maritime où transitent près de 95 % de ses exportations. La république de Djibouti est ainsi idéalement placée à quelques jours de l’Europe et de l’Asie centrale et sert de rampe de lancement à la production de son voisin.
Un développement formidable au détriment des Éthiopiens
Le développement textile formidable que connaît le pays se fait donc au détriment des Éthiopiens eux-mêmes… des travailleurs qui n’hésitent plus à faire grève pour témoigner de leur colère face à cette véritable exploitation de leur force de travail… avec une population de plus de 100 millions d’habitants, le pays pourrait devenir le lieu de conflit sociaux de masse si les autorités étatiques ne se penchent pas sur le problème des bas salaires.
Les entreprises occidentales impliquées dans ce scandale d’exploitation de travailleurs pourraient de leurs côtés connaître des répercussions commerciales négative… même si des scandales similaires impliquant notamment des enfants en Asie n’avaient pas empêché Nike de continuer son développement. Reste qu’en délocalisant massivement l’industrie textile, les Etats occidentaux ont perdu des emplois et ne participent pas vraiment au développement des nouveaux pays d’accueil de ces industries.