26 août 2021
Droite d'expression (Présent)

La voix de la sagesse ? La pêche aux électeurs ?
La crise afghane et les explosions de violence à Marseille font sortir du bois toute une brigade de néo-convertis à l’opposition à l’immigration sauvage : Pécresse dans Valeurs actuelles, Montebourg et même le secrétaire du PCF Roussel. Du calcul électoral sans doute, à l’heure où la société française penche à droite sur cette question civilisationnelle. Et si Jean-Marie Le Pen demandait des droits d’auteur ?
**Valérie Pécresse est dans Valeurs actuelles cette semaine. Au sein de LR, Pécresse représente le centre. A gauche vous avez Xavier Bertrand, l’homme qui préfère le parti communiste aux patriotes, à droite vous avez Laurent Wauquiez qui n‘irait quand même pas jusqu’à s’allier avec le Rassemblement national, et au centre vous avez donc Valérie Pécresse. Pourtant cette semaine, l’hyper-centriste du parti de centre droit donne une interview à Valeurs actuelles. Qu’est-ce qui peut bien la conduire à briser ainsi les tabous ?
Car Valeurs reste classé à « l’extrême droite », par Médiapart, Libération, Mélenchon, L’Express, l’AFP, France Info etc. En bref tout ce qui compte. Il y a un an à la même époque, la droite « républicaine » à de très rares exceptions près (aucun nom ne nous vient d’ailleurs spontanément à l’esprit !) participait au lynchage médiatique de Valeurs actuelles. L’hebdomadaire était qualifié de « presse nauséabonde » par « l’arc républicain », unanime. Castex, ancien LR, parlait de « publication révoltante appelant une condamnation sans ambiguïté ». Même le Rassemblement national – qui est exclu à vie, lui, de « l’arc républicain » – s’était cru obligé de condamner une représentation qu’il avait jugée humiliante et blessante d’une élue de la République. Le feuilleton d’été de Valeurs actuelles, qui imaginait le député Danièle Obono réduite en esclavage n‘était peut-être pas d’une grande finesse, mais y avait-il vraiment matière à un scandale national, à un procès pour racisme, à des campagnes (réussies) auprès des grands annonceurs pour le boycott du titre, afin de tenter de le faire disparaître ?
En tout cas, la bien-pensance avait mis en place les grands moyens pour confiner l’hebdomadaire conservateur à l’intérieur du cordon sanitaire, où sont relégués depuis des lustres les dissidents de la pensée conforme.
Dans les années 1980, une campagne du même genre s’était déchaînée contre Le Figaro Magazine. Son directeur, Louis Pauwels, ayant évoqué une jeunesse frappée de SIDA mental à propos de casseurs gauchistes opposés à la loi Devaquet. Pendant toute une période, Le Figaro Magazine fut systématiquement qualifié d’hebdomadaire d’extrême droite par « l’intelligence française ».
Pour Valeurs actuelles, les choses sont allées plus loin, mais la « mobilisation antiraciste » d’exclusion est déjà retombée.
Le Pen pourrait réclamer des droits d’auteur !
Que dit dans Valeurs actuelles la présidente de la région Ile de France ? Elle dénonce l’immigration sauvage, l’islamisme, l’insécurité. Cela ne vous rappelle rien ? Jean-Marie Le Pen pourrait réclamer des droits d’auteur ! Fut une époque, dénoncer ensemble ces trois maux valait une condamnation pénale. Aucun politique sérieux ne s’y serait risqué. Dame Pécresse franchit allègrement le Rubicon. Déjà sur RTL lundi, elle s’en était pris à l’aveuglement de Macron « sur l’islamisme (…), l’immigration incontrôlée, la montée de l’insécurité et la question de la laïcité dans notre pays ».
Dans Valeurs actuelles, elle enfonce le clou. Or Valeurs actuelles se fait régulièrement le porte-parole d’Eric Zemmour, dont les positions sur ces thèmes sont souvent jugées plus radicales même que celles du Rassemblement national !
Par cet entretien, Pécresse tente sans doute d’élargir son électorat sur sa droite, car à gauche le paysage est bouché par Xavier Bertrand, mais aussi Macron (ou Edouard Philippe), sans parler de la vieille gauche.
Glissement à droite de la société française
Un sondage pour la revue Challenges publié mercredi vient la conforter dans cette stratégie : Marine Le Pen et le président Macron restent en tête des intentions de vote, chacun autour de 25 %. Dans l’hypothèse où Valérie Pécresse serait la candidate, Marine Le Pen augmenterait légèrement son score par rapport à une candidature Bertrand. Pour être sélectionnée par LR, et avoir une chance d’être élue au second tour, Pécresse doit donc phagocyter la candidature Wauquiez et occuper davantage le terrain dans les médias de droite, créer une porosité en sa faveur des votes de l’électorat mariniste comme aux régionales.
Cette réorientation politique du corps électoral – les politologues évoquent même un véritable glissement à droite de la société – concerne aussi la classe politique dans son ensemble, du moins sur ces questions d’islam, d’immigration, d’insécurité.
Ainsi Arnaud Montebourg, qui devrait officialiser sa candidature le 4 septembre, prend des positions assez iconoclastes pour son camp : il entend, s’il est élu, freiner le regroupement familial et l’immigration économique ! Même Roussel, le candidat du PC, se laisse aller à dire que « quand on ne bénéficie pas du droit d’asile, on a vocation à rentrer chez soi » (déclaration à Cnews en juin).
Quand on pense qu’il y a 35 ans, le ministre de droite Bernard Stasi était devenu un héros pour sa formule : « L’Immigration, une chance pour la France » !
Il serait temps que Marine durcisse son discours si elle ne veut pas être dépassée, sur ces questions…par tous les autres. Ou qu’elle se place aussi sur des thèmes qui n’étaient pas délaissés par l’ancien Front national comme les questions bioéthiques et sociétales. Juste une idée comme ça.