14 avril 2020
Épargne, la grande menace - Olivier Pichon

La crise du covid 19 dans ses conséquences économiques pose la question suivante : l’épargne a-t-elle encore un avenir ?
L’euthanasie des Ephad est aussi celle d’une espèce en voie de disparition l’épargnant, et tout s’acharne contre cette figure de la classe moyenne qui sera bientôt une espèce en voie de disparition. Qui est le coupable ?
Première calamité
A dire vrai, cela avait commencé avant le Covid-19, l’émission inconsidérée de monnaie, le fameux QE, cette diarrhée monétaire avait engendré des taux négatifs, bénéfiques aux emprunteurs mais fort préjudiciable à ceux qui prêtent et singulièrement à ceux qui ont prêté pour se constituer une retraite ou un complément de retraite.
** Deuxième calamité.**
Mais une deuxième calamité est en train de se pointer qui va achever le patient, si l’on peut dire, l’inflation. Celle-ci ne pourra manquer cette fois de se produire avec les trilliards déversés sur les économies pour les sauver. On sait que, dans un incendie, l’eau fait autant de dégâts que le feu qu’elle combat, l’analogie est tout à fait adéquate. Pourquoi désormais cette inflation est-elle possible ? Parce que le mécanisme concurrentiel qui la bloquait ne fonctionne plus, partiellement enrayé par les restrictions au libre- échange, qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore, il était désinflationniste, jusque et y compris sur les salaires.
Troisième calamité
Ces deux mécanismes que l’on peut considérer comme « naturels » sont maintenant complétés, contre l’épargne, par un mécanisme « discrétionnaire », volontaire donc d’acteurs nettement identifiés. L’Etat et les banques, on peut redouter à terme un impôt spécial coronavirus. Il y a bien une volonté de corona bonds pourquoi pas des coronatax, soit une hausse de TVA, soit un prélèvement exceptionnel type « impôt sécheresse (de 1976) » soit comme le suggère le FMI, 10% sur les dépôts ou sur l’épargne (comme à Chypre). Le journal suisse Le Temps précise : "Les politiciens votent des lois stipulant que l’épargnant sera désormais saisi d’une partie de son patrimoine en banque afin de renflouer les institutions financières. » Un tel Etat n’est absolument pas en mesure de renflouer des banques ou des compagnies d’assurances en difficulté étant donné qu’il a déjà du mal à rembourser ses dettes lui-même. Or, de nombreux Etats européens sont dans cette situation, ce qui a amené les politiciens à voter des lois stipulant que l’épargnant sera désormais saisi d’une partie de son épargne en banque afin de renflouer les institutions financières. Par exemple le blocage des contrats d’assurance vie en France. La loi Sapin 2, votée le 9 décembre dernier par le gouvernement français et qui donne toute latitude au ministre des Finances pour bloquer les contrats d’assurance vie et ne pas procéder au remboursement de tout ou partie de l’épargne, soi-disant pour une période limitée.
C’est ainsi que ces trois facteurs s’acharnent sur l’épargne, on se demande si cet acharnement qui implique la classe moyenne, où ce qu’il en reste, ne se donne pas pour but sa disparition totale. Cette classe moyenne qui structura puissamment les sociétés occidentales jusqu’au début du XXI siècle, celle-ci déjà broyée par la mondialisation est en train d’être achevée sous nos yeux, gageons qu’elle ne mourra pas sans le faire payer aux politiciens.
Olivier Pichon