21 juin 2019
Etats-Unis/Iran : le poker menteur (Analyse)

Regain de tension entre Washington et Téhéran. Alors que l’Iran a abattu un drone d’espionnage états-unien, l’administration américaine estime avoir envisager sérieusement de s’attaquer à la nation Perse.
Une attaque annulée au dernier moment ?
Washington aurait annulé une attaque in extremis sur l’Iran dans la nuit de jeudi à vendredi. C’est ce qu’affirme l’administration américaine. La raison de cette menace : Téhéran a abattu un drone d’espionnage états-unien jeudi. Si la Maison Blanche affirme que l’outil militaire se situait aux large de la Nation Perse au-dessus des eaux internationales, l’administration iranienne dit disposer de preuves irréfutables démontrant que le drone se situait bien dans son espace aérien.
Les cibles qu’aurait visé Washington étaient des avions, des radars et des batteries de missiles… le conditionnel est utilisé ici puisque rien ne prouve qu’une réaction armée était réellement prévue. Une fois de plus Donald Trump a gonflé les muscles avant de faire baisser la température affirmant finalement que l’attaque du drone n’était peut-être pas délibérée.
Le conflit irano-américain en reste donc pour le moment à une guerre de communication… et pour cause, un conflit ouvert serait un cataclysme régional et pourrait entraîner des conséquences bien plus importantes que les dernières interventions américaines au Proche-Orient. L’Iran disposant d’une armée régulière, d'une défense développée et du corps des Gardiens de la Révolution capable de se projeter dans des théâtres d’opération régionaux. Et même si la suprématie militaire de Washington ne fait pas de doute, difficile d’imaginer la république islamique plier facilement.
Donald Trump en pleine campagne
Alors que le président états-unien est entré cette semaine en campagne pour sa réélection, il ne semble aujourd’hui pas en mesure de se permettre l’entrée dans un tel conflit. Ainsi, le chef de fil de son propre camp à la chambre des Républicains Kevin McCarthy a cosigné un communiqué appelant Washington à réagir de manière mesurée.
Donald Trump le sait, il a certes été élu en se faisant le champion de l’amitié israélo-américaine et donc un ennemi de l’Iran mais il a aussi fait son succès en envoyant des signaux isolationnistes qui ont séduit une partie de l’opinion lassée de voir son pays s’empêtrer dans des conflits armés.
Le président américain devrait donc poursuivre son opération de communication anti-iranienne sans pour autant passer à l’action ou alors à la marge sur des objectifs secondaires. Le pensionnaire de la Maison Blanche a déjà obtenu en partie ce qu’il désirait, à savoir une sortie de l’accord du nucléaire iranien. Il a aussi prouvé avec ses sanctions contre Téhéran et ceux qui entendaient passer outre, que l’Union Européenne n’avait pas son mot à dire dans ce dossier.
En revanche les discours belliqueux du président américain ont eu un contre-effet en Iran où les divisions partisanes semblent s’effacer pour faire face à l’ennemi historique.
A quelques jours d’un sommet à Vienne, le 28 juin portant sur les moyens d’aider l’Iran face aux sanctions états-uniennes, l’intensification des tensions peut aussi être lu comme une manière de mettre la pression sur les Etats Européens mais surtout la Chine et la Russie qui seront également présents.