25 septembre 2019
France Médias : le big-bang de l'audiovisuel public

Le gouvernement dévoile la bande-annonce de sa réforme de l'audiovisuel. Mardi, le ministre de la culture, Franck Riester, a annoncé que les principales entreprises de l'audiovisuel public devrait être regroupées au sein d'une même entité. Un chambardement pour réaliser des économies et résister à la puissance des géants du numérique.
Face à Netflix et Amazon : France Médias
L'union fait la force, c'est en somme la conclusion de la grande réforme de l'audiovisuel. Lancée par l'ancien ministre de la Culture, Françoise Nyssen, et repoussée à plusieurs reprises, l'évolution de l'audiovisuel devrait prévoir une régulation mieux adaptée aux enjeux du numérique et par la même occasion résister à la domination des plateformes telles que Netflix ou Amazon. C'est d'ailleurs en ce sens, que l'actuel locataire de la rue de Valois, Franck Riester, a dévoilé mardi, son grand projet pour l'audiovisuel public français.
Eclatées depuis la fin de l'ORTF en 1975, les sociétés Radio France, France Télévisions, l'INA et France Médias Monde, qui regroupe la radio RFI et France 24, devraient ainsi être à nouveau réunies sous une seule et même entité mère baptisée "France Médias". Cette dernière, dont la création pourrait intervenir en 2021, détiendra 100 % du capital des sociétés filles, à l'exception d'Arte et de TV5 Monde en raison de leurs statuts particuliers de coopération internationale.
Un mastodonte de l'audiovisuel français, donc, calqué sur le modèle de la BBC au Royaume-Uni. Le but : faire de l'audiovisuel public une référence alors que son modèle est depuis plusieurs années décrié pour ses dysfonctionnements et sa partialité vis-à-vis de l'Etat, le tout sur le dos du contribuable qui finance aux deux tiers le budget de ces entités.
D'ailleurs, concernant la présidence, ces dernières années, les différents gouvernements ont expérimenté le choix direct par l’exécutif, puis par le CSA. Et aucun de ces deux modes de désignation ne s’est révélé satisfaisant. À l’étranger, pratiquement tous les patrons de l’audiovisuel public sont nommés par leur conseil d’administration. Ainsi, France Médias disposera d’un conseil d’administration où l’État n’aura pas la majorité des sièges et le Président de la République nommera in fine la personne qui aura été choisie par le conseil et qui aura été approuvée par le CSA et le Parlement. Un mode de nomination censé assurer la protection de l’indépendance de l’audiovisuel public.
Au delà du “souci d'indépendance”, en mutualisant les forces, le gouvernement souhaite également s'armer face aux géants des plateformes du numérique qui ne sont pas soumises aux mêmes restrictions. Ainsi, le projet de loi autorisera la publicité dite "segmentée" sur les chaînes, comme la diffusion de pubs géolocalisées mais de manière encadrée et une troisième coupure pub sera autorisée pour les films et téléfilms qui dépassent 1h30 sur les chaînes privées. Une façon d'assurer la pérennité financières de ces chaînes mises à mal notamment sur le secteur du cinéma. Pour tenter d'équilibrer les forces, les chaînes pourront diffuser des films n'importe quel jour de la semaine, alors qu'une disposition visait à protéger les salles de cinéma en interdisant la diffusion cinématographique le mercredi, le vendredi et le samedi.
En guise de coup de grâce contre les plateformes de streaming, le gouvernement entend ainsi obliger les services de vidéos à la demande à financer la production française à hauteur de 16 % de leur chiffre d'affaires. Reste à savoir de quelle manière la loi pourra contraindre les plateformes étrangères à se plier à cette obligation, surtout lorsque l’on sait tout le mal qu’a eu le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, pour imposer sa taxe GAFA qui s’avère finalement n’être que de la poudre de perlimpinpin.