01 juillet 2019
Gardien de prison à Condé-sur-Sarthe : "Mon quotidien"

**Après une attaque terroriste en mars, suivi d’un mouvement de grève des surveillants, puis une prise en otage de deux gardiens par un détenu ce mois-ci, cet établissement ultrasécurisé fait régulièrement la une. Peu formés, en nombre insuffisant face à des prisonniers qui n’ont plus rien à perdre, les gardiens travaillent la peur au ventre, désespèrent et parfois s’effondrent. Tensions, insultes, violence extrême... Notre reporter a recueilli les confidences de l’un d’entre eux. **
Bernard* arpente les coursives des centres pénitentiaires depuis presque quatorze ans, dont six de Condé-sur-Sarthe. Cet ancien ouvrier, reconverti en surveillant de prison et devenu syndicaliste Ufap-Unsa, est un homme sensible, mais d’ordinaire solide et robuste. Pourtant, le 5 mars dernier, après l’agression de Yannick et d’Olivier par Michaël Chiolo – criminel de droit commun radicalisé en prison –, Bernard s’est senti « très mal » devant ses proches. « Je me suis effondré en larmes… C’est dur ! lâche-t-il. Les premières années, j’encourageais les jeunes à s’inscrire au concours. Désormais, je les en dissuade. » Il faut dire que, récemment, un collègue a failli se prendre dans la figure une plaque chauffée à blanc. Et que, pour distribuer les repas, les commis revêtent maintenant des casques de CRS et des combinaisons renforcées de 10 kilos !
Après plus de deux semaines de grève devant la prison, les syndicats ont accepté les mesures proposées par la direction : le réaménagement des locaux pour éviter les regroupements de prisonniers, la sécurisation des unités de vie familiales et le renforcement des effectifs, avec l’arrivée d’environ 25 gardiens. Des surveillants stagiaires sans expérience… qui font craindre un nouveau drame.