06 septembre 2019
Islamophobie : Mélenchon n’est pas le seul problème de LFI (Présent)

**Présent **- Après une ascension continue, spectaculaire, opérée au détriment du PC et du PS, la chute de LFI a été si importante et si rapide que les analystes n’ont perçu qu’une partie des raisons. Ils ont identifié les faiblesses du chef charismatique des « Insoumis », ce côté César de carnaval, qui a fait fuir les électeurs, lors des européennes : 6,31 %, seulement, alors que ce parti avait frôlé les 20 % deux ans auparavant.
Mais la crise est plus grave que cela. Se juxtaposent au sein de l’organisation de Mélenchon (dont il semble d’ailleurs se désengager actuellement, sur la pointe des pieds), deux types d’« Insoumis » : des laïcs purs et durs, et des défenseurs du communautarisme islamique.

Le 23 août dernier, lors de l’université d’été de LFI (en l’absence de Mélenchon, et devant un public assez rabougri, pour partie en raison de l’absence du chef charismatique), le philosophe Peña-Ruiz a pris la parole sur le thème de la laïcité. Cet habitué des prétoires bolchevisants pensait que son intervention – bien rodée – sur « les trois boussoles de la laïcité » aurait son petit succès. Il a découvert en direct que la gauche, du moins cette gauche-là, était en train de changer radicalement.
Peña-Ruiz avait commencé son intervention en rappelant que le terme « islamophobie » n’est pas approprié si l’on veut stigmatiser les comportements de rejet d’hommes et de femmes au seul motif qu’ils seraient musulmans. Et le philosophe de préciser qu’une phobie est une peur, non une agression (agoraphobie, claustrophobie, etc.), et qu’en outre un défenseur à tous crins de la laïcité comme lui se devait de rappeler qu’« islamophobie, judaïsmophobie, cathophobie, athéophobie ne relèvent pas du racisme, mais de la liberté de critiquer une vision du monde » (Le Monde du 1er septembre).
Cet individu qui osait s’en prendre à l’islam
Que n’avait-il pas dit là ! Dans cet univers d’extrême gauche où, en principe, la religion est considérée comme l’opium du peuple, notre brave philosophe a vu sa formule propagée sur internet, non pour l’entériner, comme autrefois, dans le vieux monde de l’ancienne gauche, mais pour fustiger celui qui osait s’en prendre à l’islam. C’est d’abord au sein de LFI même et dans ses marges que les réactions ont été les plus violentes. Après l’intervention, on a vu par exemple l’activiste Youcef Brakni, bien connu pour ses campagnes contre la police et en faveur du délinquant Adama mort dans un commissariat en 2016, annoncer qu’il quittait LFI. Un élu de Seine-Saint-Denis, Messaoudene, a exprimé toute la haine que lui inspiraient de tels propos. Une conseillère régionale LFI a déclaré qu’elle se demandait ce que faisait là cet individu, partisan d’une « laïcité qui exclut, stigmatise, humilie et […] divise ». Dans les marges de LFI, l’universitaire Philippe Marlière a tweeté que Peña-Ruiz n’était qu’un « con, haineux et obscurantiste ». Du coup, le « con haineux » a préféré démissionner lui aussi de LFI.
Quatennens le remplaçant de Mélenchon, quand ce dernier est absent, jure (mais pas sur la Bible, bien entendu) qu’il n’y a pas « la moindre micro-fissure sur la question de la laïcité » au sein du parti. Mais il y a pour le moins de sacrées macro-fissures !