15 octobre 2022
Jean-Frédéric Poisson : « Les oppositions sont-elles prêtes à destituer le gouvernement ? » (Entretien)

BV- Interrogé par BV, Jean-Frédéric Poisson revient sur les difficultés du gouvernement à faire avancer le projet de loi de finances et sur la possible dissolution de l'Assemblée nationale. Pour le président de Via la voie du peuple, les luttes menées par le RN et la NUPES pourraient converger momentanément pour contrer le gouvernement d'Emmanuel Macron.
Marc Eynaud. L’Assemblée nationale débat sur le projet de loi de finances mais la plupart des articles sont retoqués. La majorité relative ne permet pas de faire avancer le dossier. Que reste-t-il à la majorité ?
Jean-Frédéric Poisson. Il ne reste pas grand-chose. Le fait d’avoir agité la perspective de l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution et probablement de la motion de censure qui s’ensuivra, place la majorité dans une situation qui n'est pas surprenante. Dans un contexte de crise généralisée, on va voir si les oppositions sont prêtes à exercer leurs responsabilités, c’est-à-dire à destituer le gouvernement. Y a-t-il un moyen d’empêcher ce gouvernement de nuire ? Oui, il faut adopter une motion de censure, utiliser des outils et procéder d’une manière qui serait un peu innovante.
M. E. Si une motion de censure est adoptée, Emmanuel Macron procéderait à une dissolution. Qui sortirait gagnant de cette élection législative ?
J.-F. P. Jusqu’ici, aucune motion n’est adoptée, car elle constitue, de la part du groupe qui la dépose, une forme de contre-déclaration de politique générale. Le groupe qui dépose une motion de censure rappelle quel est son projet politique et cela empêche les autres groupes politiques de la signer . En effet, par hypothèse, quand on n’est pas dans le même groupe, on ne partage pas la même vision du monde et le même projet politique. Il y aurait un moyen d’adopter une motion de censure. Cela consisterait à écrire un texte de deux lignes disant : ce gouvernement nuit à la France, il faut le destituer. Il faut que ces gens s’en aillent, ils sont nuisibles.
Cet été, la présidente du Rassemblement national expliquait qu’on ne pouvait pas ajouter une crise institutionnelle à la crise sociale : j'ai le point de vue inverse. La crise institutionnelle nourrit en grande partie la crise sociale. La concentration excessive des pouvoirs, l’opacité dans laquelle se déroule aujourd’hui la vie politique française, ce Conseil de défense, qui décide de vendre des armes à l’Ukraine et de faire entrer la France en guerre et qui a géré la crise sanitaire comme 1 kg de patates, tout cela alimente la crise sociale. Il faut faire comprendre à ce gouvernement qu’il ne peut plus nuire au pays comme il le fait.
Quel résultat sortirait des urnes ? Il faut faire attention à la dissolution, c’est un fusil à un coup. Emmanuel Macron est plus malin que ça, il pourrait toujours essayer de nommer un autre Premier ministre, plus consensuel, avec un projet politique différent. L'urgence est de dire à Mme Borne : « Rentrez chez vous, arrêtez de faire du mal à la France comme vous le faites. » Ces temps-ci, on voit bien que dès qu’il s’agit de rentrer dans le dur, il n’y a pas de majorité à l’Assemblée nationale et il faut en tirer les conséquences.