03 juillet 2022
Jean-Yves Le Gallou : « L’immigration pèse aussi sur le pouvoir d’achat ! » [Entretien]
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Le succès inattendu du RN
Breizh-info.com : Quel bilan politique tirez-vous de ces échéances électorales, avec au final la présence de 89 députés RN à l’Assemblée, ce que pas grand monde n’avait vu venir ?
Jean-Yves Le Gallou : Macron a admirablement manœuvré, malgré l’immense hostilité qu’il suscite, il a été réélu et bénéficie d’une majorité relative à l’Assemblée nationale. Chapeau l’artiste !
Les 89 députés RN sont une « divine surprise ». J’y vois cinq causes :
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une certaine réussite de l’opération de dédiabolisation de Marine Le Pen, en tout cas quand les médias jouent ce jeu-là (avant le premier tour de la présidentielle, pendant les législatives mais non pour le deuxième tour de la présidentielle),
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l’existence des réserves électorales mobilisées par Eric Zemmour,
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les méfaits des racailles aux abords du stade de France,
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et surtout la volonté des électeurs de ne pas donner la majorité absolue à Macron en même temps qu’une certaine méfiance pour la NUPES,
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enfin l’absence de votes de « barrage » : au deuxième tour, quand le RN était en course les électeurs des candidats éliminés (qu’ils soient LR, NUPES ou Ensemble) se sont partagés ainsi : 50% d’abstention, 30 % de vote hostile, 20%de vote pour. Bref, un solde négatif de 10%, c’est peanuts…
Breizh-info.com : L’échec politique d’Éric Zemmour et de son parti Reconquête ne traduisent-ils pas simultanément, la défaite d’une candidature très parisienne, hors sol, incomprise de la population, et en même temps un apport certain au score important de MLP, mais aussi aux débats sociétaux actuels ?
Jean-Yves Le Gallou : Zemmour donne l’impression d’être passé d’Austerlitz à Waterloo. Il a animé la campagne électorale, posé les vrais problèmes, bougé la fenêtre d’Overton sur le Grand Remplacement, tenté de la déplacer sur la remigration et la mise en cause des méthodes des pédagomanes. Mais comme le dit Michel Onfray : « Éric Zemmour a des idées et ça c’est plutôt gênant pour les gens. Il est trop brillant et il met le doigt sur les problèmes. On préfère lui taper dessus. Mais on devrait se réjouir qu’il existe parce que le débat est là. »
Les médias et Macron ont utilisé la guerre russo-ukrainienne et le thème du pouvoir d’achat pour « sortir » Zemmour de la fin de campagne. A partir du 24 février – date de « l’opération militaire spéciale » russe en Ukraine — il n’était plus visible et a pâti du « vote utile » qui a bénéficié à Marine Le Pen, de surcroit forte de l’effet « marque » auprès d’électeurs peu politisés.
Bien sûr on peut opposer le rat des champs qui a la « fesse populaire » au rat des villes plus à l’aise dans l’électorat bourgeois. Pourtant Zemmour a aussi (bien) parlé à la ruralité mais les médias ont peu relayé ses déplacements : ils montraient ses meetings (puissants), non ses visites de terrain. Marine Le Pen, elle, a transformé une faiblesse (sa maigre capacité de mobilisation) en force avec des opérations de proximité dont les médias parlaient puisqu’ils n’avaient rien d’autre à se mettre sous la dent… Les analystes politiques et les électeurs oublient souvent une chose essentielle : l’extraordinaire différence entre ce qu’un homme politique dit et fait et ce que les médias en montrent. Pour les faiseurs d’opinion, Éric Zemmour était le candidat du Grand Remplacement, Marine Le Pen celui du pouvoir d’achat. Et les deux derniers mois de campagne ont porté sur le pouvoir d’achat. Point barre !