17 avril 2019
La Belgique serait-elle en plein déni de censure des partis dits "d'extrême droite" ?

À peine plus d'un mois avant les prochaines élections régionales, fédérales et européennes en Belgique, les traditionnels débats et autres interviews en direct vont se multiplier dans les médias d'information du pays. Cependant, certains partis et personnalités politiques seront absents de ces discussions en raison d'un "cordon sanitaire médiatique", qui existe en Belgique depuis près de 30 ans. Une méthode souvent assimilée à de la censure et à une atteinte à la liberté d'expression.
L'idée d'un cordon sanitaire
Au début des années 1990, certains partis politiques flamands ont décidé de ne pas gouverner avec le Vlaams Blok et de ne pas proposer de lois ou décrets qui nécessitent l'appui du parti nationaliste.
"Il est formalisé en Flandre, puis repris par les familles politiques francophones. Cela va ensuite plus loin au sud du pays où il est décidé d'établir un cordon sanitaire médiatique. L'idée est claire, il ne faut pas donner de liberté aux ennemis de la liberté", nous explique le directeur général du centre de recherche et d'information socio-politique (CRISP), Jean Faniel.
En clair : les partis et mouvements politiques considérés comme étant "antidémocratiques", "xénophobes", "racistes", ou véhiculant un discours de haine ne peuvent s'exprimer dans les médias.
"Il n'est pas question de ne pas donner la parole aux partis d'extrême droite. Ce dont il est question, c'est de ne pas les laisser s'exprimer en direct", poursuit M. Faniel.
Vous avez dit censure ?
Pour Marc de Haan, président de l'Association pour l'autorégulation de la déontologie journalistique,* "Les médias s'attellent à ce que des propos délictueux, racistes (...) ne soient pas tenus sur leur antennes afin de ne pas être associés au délit. L'approche se veut très juridique à l'origine"*.
Selon lui, le cordon sanitaire est associé à tort à un acte de censure : "Je conteste le mot censure. Dans cette optique, la liberté d'expression serait entravée par une autorité qui aurait le pouvoir de le faire. Ici, on est dans l'opposition entre deux libertés",* "La liberté d'expression de candidats politiques porteurs d'idées extrémistes qui se voit limitée par la liberté d'expression des journalistes, qui ne sont pas de simple porte-micros. Ils ne sont pas obligés de répercuter les propos de tout un chacun. Ils ont aussi une liberté de conscience. Les journalistes peuvent estimer qu'il est insupportable de contribuer à la renommée d'idées racistes." *Jean Faniel poursuit : "Assimiler le cordon sanitaire à de la censure est une vision complètement dépassée par les faits. Il y aurait censure si un parti d'extrême droite ne pouvait pas s'exprimer du tout. Mais ces partis ont leurs propres journaux, leurs propres pages Facebook, leurs propres sites internet..."
En Bref, quand aucun journaliste de votre pays ne veut parler de vous parce qu'ils vous considèrent comme étant "trop à droite", vous n'avez qu'a vous créer une page Facebook, ce n'est donc pas de la censure.