07 mars 2023
[La Chronique Agora] Êtes-vous prêt à payer pour utiliser Facebook ? Twitter, Meta, Google… Les services numériques dans leur ensemble font face à leur utilité réelle, et leur survie est désormais en jeu.
![[La Chronique Agora] Êtes-vous prêt à payer pour utiliser Facebook ? Twitter, Meta, Google… Les services numériques dans leur ensemble font face à leur utilité réelle, et leur survie est désormais en jeu.](https://tvl.fr/upload/media/article/0001/24/a48beaec0a03df84c9e8d7f5ae99340867cac8d0.jpg)
Après Twitter, voici que Meta a annoncé fin février la création d’une offre de comptes premium.
Finie la gratuité pour tous, tout le temps : le réseau de Mark Zuckerberg ouvre la boîte de Pandore de la facturation en proposant, contre 12 à 15 dollars américains par mois, à certains utilisateurs de faire apposer un badge bleu sur leur profil. Celui-ci tiendrait lieu de preuve de la légitimité du compte grâce à la vérification de l’identité du titulaire, et offrirait une visibilité améliorée des publications.
La mesure a bien évidemment fait grand bruit.
Voir Elon Musk revenir sur la gratuité de Twitter n’avait, finalement, pas étonné outre mesure les analystes : le milliardaire est un habitué des revirements et des prises de position iconoclastes. Après l’épisode rocambolesque de rachat du réseau social, et la purge dans les effectifs, bouleverser un modèle d’affaires basé sur la gratuité d’usage était cohérent avec la stratégie globale de table rase. Prendre à contre-pied le statu quo et s’offrir une énième provocation est même la marque de fabrique de l’entrepreneur.
Quand Facebook serait gratuit pour toujours
Pour Facebook, qui reste la pierre angulaire du groupe Meta, les choses sont différentes. Comme le moteur de recherche Google, devenu si ubiquitaire que tous les internautes prennent sa présence pour acquis, le réseau social Facebook est considéré par le grand public comme un socle des échanges sur Internet.
Même le fait que les jeunes générations le considèrent comme dépassé est, paradoxalement, la meilleure preuve de domination qui soit. A l’instar une ampoule électrique, un réfrigérateur ou une télévision, Facebook est à Internet ce que l’électroménager est à la vie quotidienne : un élément qui se fond dans le paysage et dont la présence permanente ne soulève aucun enthousiasme parce qu’elle ne fait plus de doute.
Le monde s’est habitué à un Internet dans lequel Facebook est disponible, et gratuit. Le site s’est d’ailleurs battu pendant des années contre des rumeurs récurrentes de passage à un modèle payant, allant jusqu’à afficher sur sa page d’accueil le message « C’est gratuit (et ça le restera toujours) » jusqu’en 2019.
L’annonce de Mark Zuckerberg a donc été abondamment commentée sous le prisme de la vénalité d’un groupe pesant près de 450 Mds$ en Bourse, et du reniement de ses valeurs fondatrices.
En réalité, il faut remettre cette annonce dans son contexte. En dégainant le premier, Elon Musk a – bien volontiers – endossé le rôle médiatique de l’opportuniste sans cœur… mais voir Meta s’engouffrer dans la brèche alors que le groupe a vu son chiffre d’affaires baisser entre 2021 et 2022 montre que nous assistons à un moment-charnière de l’histoire d’internet.
