31 mars 2023
[La Chronique Agora] Le dollar en force : La devise américaine semble de moins en moins capable de dicter sa loi… Son statut de monnaie de réserve pourrait ainsi arriver à sa fin relativement rapidement.
![[La Chronique Agora] Le dollar en force : La devise américaine semble de moins en moins capable de dicter sa loi… Son statut de monnaie de réserve pourrait ainsi arriver à sa fin relativement rapidement.](https://tvl.fr/upload/media/article/0001/24/787d034f1659833c7739760bfe6b92dd1524eec2.jpg)
Vous connaissez cette vieille histoire drôle ; un homme blessé est atteint de gangrène et le chirurgien lui rend visite.
Le blessé lui demande : « C’est grave docteur, vous allez m’amputer le bras ? »
Le chirurgien sourit et lui répond : « Non ! »
« Ouf », fait le patient soulagé.
Et le chirurgien de continuer… « Il tombera tout seul ! »
Vous me voyez rarement élucubrer sur la mort du dollar et sur la dédollarisation, sauf pour énoncer cette évidence théorique à la Mao Zedong : « Le dollar succombera un jour sous les effets conjugués de ses contradictions internes et externes. »
Le dollar ne succombera ni aux coups de boutoirs de l’inflation interne ni aux coups d’épée des multipolaristes. Il mourra de sa mort logique, comme toutes les monnaies, quand il aura fait son temps. Quand il sera usé parce que l’on en aura abusé, et que c’est pour cela qu’il est né, pour que l’on puisse en abuser. Le dollar a été conçu comme mortel et il mourra.
Il sera plus victime des analyses théoriques géniales de Spinoza et Marx que de la vindicte de Xi Jinping ou Vladimir Poutine.
Au milieu d’un système
Le dollar n’est qu’un élément d’un système vaste qui inclut des fonctions, des organes, qui comprend des monnaies dollar et « dollars », des structures, des superstructures, des théories, des pratiques, etc.
Le dollar est une sorte de cristal, de diamant qui réunit les multiples faces du système américain : les faces économiques avec la rentabilité exceptionnelle du capital aux Etats-Unis, la face militaire avec la puissance réelle ou supposée de son armée, et la face culturelle avec la prégnance de l’imaginaire quasi hollywoodien qui a submergé le monde moderne. Mais aussi les diverses faces du reste du monde, qui est vassalisé et larbinisé au point de se venger – comme un laquais de Molière – en s’endettant en dollars…ce qui, sur le long terme, soutient le dollar tout en le tuant.
Le besoin de dollars du reste du monde oblige la Fed à ajouter un énième mandat à ses mandats de base : éviter la dislocation de l’empire « dollar » et accorder des swaps, accepter la dominance de la stabilité financière interne et externe, etc.
Je vous rappelle ma conception : le dollar n’est pas fort parce qu’il vaut « cher » ou « pas cher », en relatif des autres monnaies, non. Il est fort parce qu’il impose sa loi. Imposer sa loi, c’est être faible quand il y a intérêt à être faible, et être fort quand il y a intérêt à être fort. Le dollar est fort parce qu’il dicte sa loi, et celle qui lui convient. Le dollar fort, c’est celui qui l’est au point de n’être soumis qu’à ses propres déterminations.