21 mars 2023
[La Chronique Agora] Les Etats, pompiers-pyromanes de l'inflation : Qu’ils essayent de limiter les hausses de prix ou d’aider un acteur en difficulté, ils en reviennent toujours à la même conséquence : encore plus d’inflation.
![[La Chronique Agora] Les Etats, pompiers-pyromanes de l'inflation : Qu’ils essayent de limiter les hausses de prix ou d’aider un acteur en difficulté, ils en reviennent toujours à la même conséquence : encore plus d’inflation.](https://tvl.fr/upload/media/article/0001/24/8053d7e80ca1f0dccea95a8a663b9e4c6ff2c02a.jpg)
Dans sa dernière note de conjoncture, l’Insee a revu à la hausse les perspectives d’inflation hexagonale. D’ici l’été, la hausse des prix devrait s’établir à 5,4% en rythme annuel, contre 5% attendus précédemment.
Cette révision est attribuée à une augmentation galopante des prix de l’alimentation, qui sont « devenus depuis six mois le premier contributeur à l’inflation », selon l’institut. L’augmentation devrait encore accélérer dans les prochaines semaines au vu des négociations tarifaires entre producteurs et distributeurs. Pour les consommateurs, le prix des denrées alimentaires devrait croître de 15,4% cet été.
L’Insee en a profité pour retravailler le chiffre de l’inflation du mois de février, qui s’établit désormais officiellement à 6,3% en rythme annuel. Ne pouvant rester sans réponse face à la problématique de perte de pouvoir d’achat, les pouvoirs publics regorgent d’inventivité pour tenter de juguler le phénomène.
De Paris à Washington, en passant Budapest, les gouvernements multiplient les mécanismes censés stabiliser les prix. Mais en pratique, les mesures prises sont totalement inefficaces pour enrayer la baisse généralisée de valeur de la monnaie. Et avec les nouvelles tensions sur le secteur bancaire, nous assistons même au grand retour des politiques ouvertement inflationnistes.
L’échec du contrôle des prix
A chaque pays ses habitudes, et ses réflexes en cas de crise.
La France, face à la hausse des prix de l’énergie en 2022, a opté pour une collectivisation et un décalage dans le temps de la facture énergétique. Le bouclier tarifaire tant vanté par Bercy revenait, en termes macro-économiques, à mutualiser les dépenses énergétiques des ménages et des entreprises de 2022 et à les faire payer par les générations futures – toute dépense de l’Etat financée par la dette n’étant qu’un impôt décalé.
Face à la hausse des prix de l’alimentation, la Hongrie a suivi une stratégie différente qui mérite d’être étudiée pour ne pas être reproduite. Pour protéger le pouvoir d’achat des ménages, Budapest a décrété en janvier 2022 un gel du prix des denrées de base comme le sucre, les œufs, l’huile ou le lait. Ce sont en tout une dizaine d’aliments qui ont vu leur tarif bloqué au niveau constaté en octobre 2021.
Un an plus tard, la mesure n’a pas empêché l’emballement de l’inflation alimentaire dans le pays. Celle-ci a dépassé les 25% (en rythme annuel) en début d’année 2023 – le plus haut niveau constaté en Europe.
Certes, les distributeurs ont joué le jeu et ces produits-phare ont effectivement vu leur prix gelé. Mais, contraints de les distribuer à marge nulle voire négative, les professionnels ont dû augmenter d’autant le prix des autres denrées dont le prix était libre. Selon les analystes de Coface, certains des prix non administrés ont bondi de 50% en quelques jours.