09 mars 2023
[La Chronique Agora] Taxe carbone : Apple pourra-t-il y échapper ? Que se passera-t-il, par exemple pour les géants du numérique américains, le jour où l’Europe mettra en œuvre les taxes carbones aux frontières ?
![[La Chronique Agora] Taxe carbone : Apple pourra-t-il y échapper ? Que se passera-t-il, par exemple pour les géants du numérique américains, le jour où l’Europe mettra en œuvre les taxes carbones aux frontières ?](https://tvl.fr/upload/media/article/0001/24/687c974d121ef1de59e7cc32859b11a7cdf5f812.jpg)
Apple demeure envers et contre tout le groupe le plus détenu par l’ensemble des plus grands fonds de la planète revendiquant le label ESG, à commencer par Berkshire Hattaway (plus de 40% du fonds), BlackRock et Vanguard.
Le fait qu’Apple soit le seul des « GAFAM » à ne pas avoir enfoncé sa moyenne mobile 200 à périodes rassure les chartistes. Le voir recommandé à l’achat par Goldman Sachs – pour la première fois en 6 ans – rassure les gérants « value ». Pourtant, le titre valait à peine 34 $ début mars 2017, il en vaut 120 $ de plus à présent, et la capitalisation flirte avec les 2 500 Mds$, c’est-à-dire la capitalisation totale du CAC 40 au 8 mars 2023.
C’est donc un étonnant réveil de Goldman Sachs, alors que le titre se paye près de cinq fois le prix affiché il y a 6 ans : ont-ils raté quelque chose, où veulent-ils se ménager une sortie à bon prix ?
**ESG : un score parfait **
De leur côté, les gourous de l’ESG et de l’économie décarbonée continuent d’ignorer le problème de l’extraction du cobalt par des enfants esclaves en RDC, mais aussi les dizaines de milliers de salariés retenus prisonniers sur leur lieu de travail, dans les usines de Foxconn, lors des super-confinements chinois de fin 2022. Voilà résolue la question du « S » de social.
Ils préfèrent également oublier l’empreinte carbone de la fabrication en Chine des smartphones, iPads, Macbooks, Apple Watches, etc. Ce qui remplit très bien la condition du « E » d’environnemental.
Et ils ferment enfin les yeux sur l’évasion fiscale massive pratiquée par la première multinationale de la planète (par sa capitalisation boursière, et c’est également la championne des rachats de titres) : voilà pour le « G » de gouvernance.
Mais nul classificateur n’ose gratter le verni de respectabilité et de conformité des normes ESG auxquelles semble satisfaire cette icone : Apple s’avère en effet « intouchable », tout comme l’étaient Enron jusqu’au 2 décembre 2001, ou Bernard Madoff jusqu’en décembre 2008.
Bien sûr, Apple ne trompe ni n’escroque ses clients, comme le faisaient Enron ou Madoff… mais, si le fisc de tous les pays dans lesquels Apple vend ses produits creusaient un peu la piste de la fraude, ils pourraient se demander par quel miracle – légal – les plus gigantesques profits réalisés par la plus grande multinationale sur l’ensemble de la planète sont également les moins imposés.
Ils découvriraient un système de « boîtes aux lettres » qui attestent d’une présence « juridique » dans de nombreux paradis fiscaux – où un chiffre d’affaires colossal est déclaré – alors que l’activité industrielle et commerciale y est quasiment nulle, et où Apple ne rémunère pratiquement aucun salarié.