17 juillet 2023
[La Chronique Agora] Une récession probable... à 95% ? Tout semble aller très bien… à en croire les marchés. Pourtant, le remboursement de la dette et la guerre commerciale contre la Chine pèsent de plus en plus lourd sur l’économie américaine.
![[La Chronique Agora] Une récession probable... à 95% ? Tout semble aller très bien… à en croire les marchés. Pourtant, le remboursement de la dette et la guerre commerciale contre la Chine pèsent de plus en plus lourd sur l’économie américaine.](https://tvl.fr/upload/media/article/0001/26/0678894f9da51b57af966a66c2a6b2db61c1813a.jpg)
Le Nasdaq 100 affichait ce 14 juillet le même score que le 14 janvier 2022 (et même 100 points de mieux en intraday à 15 720). Sauf que, le 14 janvier 2022, le rendement d’une obligation d’Etat américaine à 6 mois était de 0,50% de rémunération, tandis que celle à 10 ans affichait un rendement de 1,75%. Aujourd’hui, 18 mois plus tard, ces mêmes obligations d’Etats offrent respectivement 5,52% (502 points de base supplémentaires) et 3,83% (208 points) de rendement.
La dette fédérale américaine culminait alors vers 30 500 Mds$. Elle vient de passer le cap des 32 500 Mds$ ce weekend, soit 2 000 Mds$ de plus en 18 mois. Cette dette représente 122,8% de PIB américain (26 500 Mds$). Ce n’est d’ailleurs qu’une partie de l’histoire, puisque les dettes des 50 Etats américains s’élèvent à 1 260 Mds$, auxquels s’ajoutent 2 360 Mds$ de « dettes locales »… ce qui propulse le montant dû par des organismes garantis par l’Etat fédéral à 136,5% du PIB américain.
En parallèle, le coût du service de la dette, c’est-à-dire les intérêts dus par cet Etat fédéral, viennent d’atteindre les 618 Mds$ ce 16 juillet. C’est déjà le double de 2022, et ce coût devrait dépasser les 900 Mds$ d’ici fin 2023. C’est toutefois un plancher, qui suppose que la Fed stoppe la hausse du loyer de l’argent à 5,50% lors de sa prochaine réunion du 28 juillet. En effet, à 5,75%, la barre des 1 000 Mds$ d’intérêts annuels sera franchie.
Des dépenses, encore des dépenses
Les compteurs s’affolent côté déficit budgétaire avec 1 050 Mds$ de dettes supplémentaires (avec des dépenses fédérales en hausse de 15% en annualisé) depuis l’accord sur le relèvement du plafond de la dette il y a six semaines.
Pour financer tout cela, le programme d’émission de la Fed va dépasser les 170 Mds$ par mois d’ici fin 2023. Cela, tout le monde le sait, mais le récent décrochage du dollar (qui a perdu 2,4% au cours de la semaine du 9 au 14 juillet) va amplifier le creusement du déficit commercial américain, qui dépasse désormais les 1 060 Mds$ depuis janvier (dont plus de 300 Mds$ depuis fin mai face à la Chine, soit 50 Mds$ par mois).
Ces levées massives de capitaux vont s’effectuer de concert avec un assèchement de la liquidité aux Etats-Unis sans équivalent depuis fin 2018, lorsque Wall Street avait décroché de 20% avant que la Fed ne retourne sa veste sur les taux, puis recommence à imprimer massivement à partir de mi-septembre 2019.
Chaque Américain porte désormais 73 600 $ de dette fédérale sur ses épaules, tandis que les jeunes adultes doivent en moyenne 40 700 $ sous forme de prêts étudiants (l’encours de ce prêt dépasse désormais les 1 800 Mds$, c’est-à-dire à peu près l’équivalent du PIB du Brésil, de la Corée du Sud… ou de la Russie.