04 mars 2020
La curée des voraces sous Macron

Présent - Vincent Jauvert (L’Obs) n’est pas de la famille, mais ses enquêtes sont toujours d’un grand sérieux et d’une implacable vérité, toujours sourcées. Il y eut Les Intouchables d’Etat (Laffont, 2018) où il avait déjà révélé comment, sous Hollande, les grands corps (malades) de la République, administrateurs généraux des finances, Conseil d’Etat, Inspection des Finances, et la bastille Bercy, se rémunéraient en dérogation de toutes les règles de la fonction publique et pratiquaient les allers-retours dans le privé, à la limite permanente du conflit d’intérêts, avec le fragile barrage de l’HATVP, un machin censé assurer la transparence, et pour la plus grande prospérité des intéressés (c’est en effet le mot !).
Le voilà qui récidive avec Les Voraces, toujours chez Robert Laffont ; cette fois il démontre que l’expression « Macron président des riches » n’est pas qu’un slogan. Jamais autant de hauts fonctionnaires n’ont à ce point pantouflé dans le privé, à prix d’or, jamais autant de ministres n’ont été multimillionnaires, et jamais les élus n’ont été autant recrutés chez les lobbyistes ou les avocats d’affaires. On ne sait si le peuple des ronds-points a lu le livre, mais sa lecture vous rendra Gilet jaune assurément.
Les réseaux sociaux bruissent parfois d’un prurit de guillotine, le paradoxe étant que l’outil fondateur de la république ne saurait affecter les bons républicains qu’ils se disent tous être, mais pire encore, la république est un peu le manteau de Noé couvrant ces innommables turpides, ce lucre féroce, cette concupiscence forcenée pour le fric, qui dépasse en intensité répugnante les ébats sexuels des uns ou des autres. Comparaison n’est pas raison, mais les privilèges de l’Ancien Régime, certes parfois détournés de leurs fins, ne sont rien au regard de l’énormité du pillage crypto-légal organisé par cette caste.
N’oublions pas non plus que le trésor royal était alors en déficit mais dans des proportions moindres que l’actuelle dette publique, qui a dépassé en valeur le PIB. Alors, à quand une nuit du 4 Août ? A cette question, Vincent Jauvert ne répond pas, il n’indique pas comment se débarrasser de cette classe de prédateurs par tous les moyens mêmes légaux, mais son travail est de qualité (deux ans d’enquête). Il révèle les mœurs de ces élites voraces qui ont pris le pouvoir dans le sillage de Macron, il décrit leur course à l’argent, leurs campagnes en coulisses pour dissimuler leurs véritables revenus.
Mais de qui parle-t-on ?
Oui, de qui parle-t-on ? Et Vincent Jauvert d’y répondre, vous aurez des surprises ! Apparu, Fillon, Raffarin, Cazeneuve, Copé, Gaymard, Moudenc, Sarkozy, Jouanno, Toubon, Pérol… la liste n’est pas close, elle comprend aussi les obscurs qui palpent eux aussi dans l’anonymat le plus total et c’est encore mieux. Nous prendrons ici un seul exemple, Baroin, qui voudrait se présenter en challengerpour 2022. Dans son cas, Jaubert parle de gloutonnerie. Il a renoncé à son mandat de sénateur pour demeurer élu de Troyes et président de la métropole, il préside l’Association des maires de France et il est membre du comité stratégique de LR ; indemnités d’élu : 8 500 euros par mois. Il est aussi avocat d’affaires (entre 150 000 et 180 000 euros par an). En 2018 il s’associe avec Francis Szpiner (défenseur de Chirac et de Juppé) pour un salaire fixe de 7 500 euros par mois. La banque d’affaires Barclays le recrute comme conseiller extérieur : émoluments inconnus pour ce VRP de luxe (Les Echos). Cette banque a décroché un important marché de Bercy pour conseiller l’Agence des participations de l’Etat. Entre Naval Group et Fincantieri, il est aussi au conseil d’administration de la compagnie SEA-invest Corporation, bonjour les jetons de présence ! N’en jetez plus !
Arrêtons-nous là au risque de vous donner la nausée. Et si vous avez le cœur bien accroché, lisez le livre et… payez vos impôts.
Olivier Pichon pour Présent