07 novembre 2019
La privatisation de la Française des jeux va rapporter gros à l’Etat mais laisse place à de nombreuses interrogations

Le fleuron du jeu de hasard français quitte le giron de l’Etat. Un désengagement qui va rapporter gros à l’Etat mais qui laisse place à de nombreuses interrogations.
Coup d’envoi de la privatisation de la Française des Jeux !
Les français qui le peuvent et le veulent vont pouvoir devenir actionnaires de la FDJ avec une première cotation fixée au 21 novembre. La Française des Jeux, qui a succédé à la Loterie Nationale en 1976, va donc quitter l’escarcelle publique.
Vous l'aurez compris, il s'agit de maquiller une dépossession du peuple français en affirmant une volonté de voir les français acheter des parts d’une entreprise qui leur appartenait, au moins théoriquement, déjà. Décidément, le contorsionnisme gouvernemental n’en finit plus de faire des miracles !
La question de la propriété de la FDJ
Comme pour chaque privatisation, un problème majeur se pose : celui de la propriété. Une entreprise publique étant par nature propriété de l’Etat et donc théoriquement, ou en tout cas dans l’esprit de nombreuses personnes, au peuple, la vente de cette dernière devrait donc faire l’objet d’une consultation.
Consultation qui, selon certains, a eu lieu lors de l’élection du président ou lors de l’élection de la représentation nationale ou européenne. De l’autre côté, comme pour les aéroports de Paris, se pose clairement la question de la dépossession d’une partie du patrimoine public. Et pour faire passer la pilule rien de tel que de mimer un peu de**">
« patriotisme économique »**.
Dans le détail, l’Etat qui contrôle aujourd’hui 72 % de l’entreprise va ramener sa part à 20 %. Il souhaite vendre 20 % des parts auprès du grand public, 5 % aux salariés et réserver le reste aux fameux « investisseurs institutionnels », soit tout une ribambelle d’acteurs parmi lesquels des fonds de dotations…
Une privatisation qui va rapporter gros
Le gouvernement entendrait tirer plus d’un milliard d’euros de cette privatisation… d’autres acteurs financiers estimeraient la valeur de l’entreprise à près de 4 milliards d’euros. Et pour cause, la FDJ est en forte croissance et ne subit pas ou peu les aléas économiques. Et pour cause, le secteur des jeux de hasard a toujours été pérenne et prospère même particulièrement dans les sociétés en crise. L’appât du gain immédiat et facile devenant une sorte de graal pour des travailleurs mal payés ou des chômeurs de plus ou moins longue durée dont l’avenir s’inscrit en pointillé. Ce ne sont d’ailleurs pas ces clients réguliers qui devraient prendre part à l’actionnariat mais très probablement des actifs aux situations plus stables.
Comprendre schématiquement : des pauvres vont continuer de gratter des jeux et de miser au Lotto quand d’autres, qui ne jouent pas ou peu, miseront sur la croissance du secteur… secteur qui lui-même progresse en période de disette économique. Un pari sur le pire qui est donc encouragé par un Etat qui se désengage.
Le petit monde du jeu va de son côté être amené à changer sans être complètement bouleversé : si jusqu’à présent la FDJ était en situation de monopole dans de nombreux secteurs ce sera encore le cas pour le secteur de la Loterie payante et les jeux de grattage payants. Zéro concurrence aussi pour les paris sportifs en réseau physique : comprendre la grille de Loto Foot et le PMU chez les buralistes et bar d’amateurs de courses.
En outre, un agrément monopolistique sera remis tous les 25 ans à la FDJ… un peu plus de deux décennies qui assurent à la société de belles années devant elle.
Des mesures de maintien d’un monopole qui garantirait 90 % de chiffre d’affaires de l’entreprise et qui soulève un autre problème : celui du monopole par un acteur désormais privé… un problème qui pourrait être réglé, si l’on peut dire, par une dérégulation totale du système à l’image du modèle britannique.
Ce monopole aura cependant un coût : une taxation à 380 millions d’euros par l’Etat qui devra être payée avant juillet 2020 et qui dissipe un peu les espoirs d’énormes dividendes dès 2020. Dans les semaines à venir il sera très intéressant de voir quels « investisseurs institutionnels » achèteront des parts de la société…
Au-delà d’une prise de contrôle par tel ou tel acteur, la vente de la Française des jeux pose d’autres questions et notamment celle de la privatisation d’un secteur sensible : celui du jeu, secteur souvent en proie à la rapacité de milieux mafieux et où le risque de blanchiment est élevé comme en atteste la gestion souvent chaotique des casinos.
Ce sujet sera abordé lors du**JT de TV Libertés **de ce soir