15 mars 2022
La Une de Présent du 15/03/2022

UKRAINE : C’EST PAS VERSAILLES, ICI !
Le contraste est grand entre les inutiles agapes versaillaises des 10 et 11 mars lors du sommet consacré à la guerre en Ukraine et la réalité de cette guerre sur le sol d’un pays européen désormais meurtri.
A l’issue du sommet qui s’est tenu à Versailles les 10 et 11 mars, Emmanuel Macron s’est déclaré « inquiet et pessimiste » devant les médias français, mais « optimiste » quand il s’est adressé aux médias internationaux. Un double jeu à visées électorales.
Les grands médias de la Macronie ont beau s’emballer et voir dans la rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’UE, jeudi et vendredi derniers à Versailles, le coup d’envoi tant attendu (par eux) à la constitution d’une « Europe de la défense », ce sommet, en dépit des grandes ambitions qu’il s’était fixées, a surtout accouché d’une souris. En effet, si les 27 n’ont pas manqué de réaffirmer leur soutien politique à l’Ukraine dans la guerre qui l’oppose à la Russie, et, s’ils ont réussi à s’accorder pour infliger un nouveau paquet de sanctions économiques à Moscou, leurs « résolutions » en matière de défense européenne se sont, pour l’essentiel, limitées à des déclarations d’intention et à de vagues engagements.
S’exprimant devant les journalistes à l’issue du sommet, Macron, Charles Michel et Ursula von der Leyen se sont réjouis de voir enfin « les Européens unis » face au conflit ukrainien. Et il est vrai que, sur un certain nombre de points, les 27 ont pour une fois réussi à s’entendre. Notamment pour condamner de nouveau l’agression russe, promettre leur soutien à Kiev, appuyer l’ouverture d’une enquête par la Cour pénale internationale sur les attaques russes ayant fait des victimes civiles, rester solidaires des populations réfugiées, ou encore inviter la Commission européenne à étudier, dans les mois à venir, les demandes d’adhésion de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie à l’UE. Nettement plus difficile à établir, la nature exacte des nouvelles sanctions qui seront prochainement mises en œuvre pour isoler la Russie n’a en revanche pas été précisée. C’est que, si Macron a déclaré qu’en la matière « toutes les options [étaient] sur la table », et notamment celle d’un embargo sur les hydrocarbures russes, plusieurs pays de l’UE, en tête desquels l’Allemagne qui est entièrement dépendante des énergies fossiles russes, s’y sont fermement opposés.
Reste le volet militaire, dont la principale mesure consiste en un doublement par l’UE de son enveloppe destinée à financer la livraison d’armes aux forces ukrainiennes, pour la porter à un milliard d’euros. Une annonce qui, associée à celle d’investir davantage et mieux dans les capacités de défense de l’Union, a suffi pour provoquer l’emballement de ceux qui rêvent d’une « Europe de la défense ». Et cela alors même que chaque mois qui passe nous apporte la démonstration que celle-ci n’est pas autre chose qu’une chimère. En témoigne, par exemple, l’échec attendu du fameux programme SCAF, ce projet franco-germanique d’avion de combat de 6e génération fortement compromis par la volonté de Berlin d’acheter des F-35 américains. Ou encore celui du MGCS, projet franco-allemand visant à mettre au point un char de combat de nouvelle génération appelé à remplacer le Leclerc et le Leopard 2. Sans parler de cette habitude qu’ont prise nombre de nos « partenaires » européens de privilégier l’achat de chasseurs américains plutôt que nos Rafale, pourtant particulièrement performants. •