02 avril 2020
L’Allemagne au bord de l’abîme ? - Pierre Bergerault

**Industrie, énergie, démographie… l’Allemagne est confrontée à des problématiques de long terme et dans un contexte de récession généralisée, l’épidémie de coronavirus pourrait bien être la goutte d’eau qui va faire déborder le vase. **
Avec le ralentissement du commerce mondial, la chute de l’export a entraîné celle de la production. Or, outre-Rhin, l’industrie automobile est un secteur clé de l’économie qui représente près de 5% de la richesse annuelle du pays et 2% de l’emploi. Mais le problème n’est pas que conjoncturel. En effet, ces trois dernières années, le nombre de véhicules pour particuliers sortis des usines a chuté de 20% atteignant son niveau le plus bas depuis 22 ans.
Une baisse qui s’explique largement par le manque d’innovation des constructeurs allemands dans le domaine de l’électrique. De plus, certains d’entre eux comme Volkswagen avaient été pointés du doigt dans l’affaire du « Dieselgate » relative à des infractions en matière de réglementations environnementales. A cela s’ajoute la modification du modèle de production vers une concentration géographique des chaînes de production près des sites de vente ce qui là aussi fait jouer la concurrence. Et avec l’écrasement des classes moyennes, phénomène observable dans la plupart des pays occidentaux, la demande est en net recul, ce qui n’est pas pour arranger les intérêts des constructeurs.
Autre défi et pas des moindre, l’énergie. L’Allemagne est de loin le plus gros pollueur d’Europe notamment à cause du lobby antinucléaire promouvant les énergies renouvelables, celles-ci ne représentant que 29% de la production brute d’électricité. Berlin est donc obligée d’enrichir son mix énergétique avec de la combustion, très polluante, de houille et de lignite. Et avec la décision de sortir du nucléaire prise en 2011 après l’accident de Fukushima au Japon, les prix de l’électricité augmentent fragilisant les industriels de plus en plus.
A ces deux facteurs s'ajoute celui du vieillissement de la population et du coût de la dépendance des personnes âgées. Et ce ne sont pas les tentatives désespérées de la chancelière Merkel avec l’accueil en 2015 de près d’un million de demandeurs d’asile qui inverseront la tendance.
Face à ces trois défis stratégiques, l'Allemagne s'est contentée, depuis ces 10 dernières années, de mettre la poussière sous le tapis. Les investissements au niveau fédéral restent très insuffisants pour rattraper le retard et la partie financière de la puissance du pays expose l’économie réelle au risque de krach. Ainsi, les années de bonne gestion du chancelier Schröder pourraient être balayées par l’incurie politique d’Angela Merkel dont l’heure de la retraite politique a sonné.
Pierre Bergerault