10 avril 2020
L’Eurogroupe accouche d’une souris aux forceps - Pierre Bergerault

L’Eurogroupe sauve les apparences ! Jeudi soir, les ministres européens des finances de la zone euro sont finalement parvenus un accord. Il y aura 500 milliards d’euros pour soutenir les Etats, les travailleurs privés d’emploi et le milieu des affaires.
Dans le détail, 240 milliards d'euros de crédits puisés dans le MES, le mécanisme européen de stabilité, iront aux dépenses de santé, 100 milliards pour le chômage technique et un fond de garantie pour prêter aux entreprises, de 200 milliards issus de la Banque européenne d'investissement. Un plan de relance soutenu par le ministre français devrait suivre.
Les responsables européens ont poussé un grand ouf de soulagement à l’issue de la visioconférence, la deuxième après celle organisée de mardi à mercredi, mais rien n’est réglé pour autant. En effet, les deux principaux points de blocage n’ont pas été levés.
Le premier, le recours aux 240 milliards du MES doit s’accompagner, en principe, d’un engagement à réaliser des réformes d’austérité une fois la crise passée. Mais Rome ne voulait rien entendre, dénonçant une atteinte à sa souveraineté. De cette contrepartie, l’accord ne mentionne rien de précis, seulement la détermination à venir des Etats membres à « renforcer les fondamentaux économiques et financiers ». Seule obligation, la ligne de crédit devra impérativement être utilisée pour les soins de santé.
Le deuxième point de blocage, celui de** la mutualisation des dettes dont les pays du nord ne voulaient pas**, il appartiendra aux chefs d’Etat et de gouvernement de s’entendre… plus tard. Le sujet figurera à l’ordre du jour de la prochaine visioconférence dont la date a été repoussée au calendes grecques. Angela Merkel a toutefois répété jeudi qu’elle y était opposée. De son côté, le ministre hollandais a rappelé que la majorité des 19 Etats membres de la zone euro était contre. Le « plan de solidarité » proposé par Bruno Le Maire a donc été retoqué. On ne parle désormais plus que d’un plan de relance, où tout reste à définir : « les aspects juridiques et pratiques, ses sources de financement… ». Rien de clair en somme. Le ministre français s’est néanmoins montré optimiste en déclarant qu’il n'y a « pas de bons compromis sans bonnes ambiguïtés ».
Quoi qu’il en soit, pour éviter une nouvelle déconvenue des négociations après celle de mercredi matin, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont dû convaincre le premier ministre néerlandais Mark Rutte. L’accord a donc été trouvé avant cette deuxième visioconférence qui a elle aussi démarré en retard, à 21h30 au lieu de 17 heures. Les ministres ont finalement pu exulter après 30 minutes de derniers réglages. Bruno Le Maire a déclaré qu’il s’agissait «du plan économique le plus important et le plus rapide que l'Union ait adopté». En 1945 à Yalta, les responsables soviétiques, américains et britanniques avaient eux aussi décidé à la hâte de l’avenir de l’Europe sur un coin de table. On a vu ce que cela a donné…