10 avril 2019
Libye : l’armée du maréchal Haftar aux portes de Tripoli

La Libye, en proie à des luttes intestines depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, voit deux principaux clans s’opposer : celui du gouvernement de Tripoli et celui du Maréchal Haftar… alors que des combats ont lieu aux abords de la capitale libyenne, l’ONU a décidé de réunir son conseil de sécurité.
Des combats dans le sud de Tripoli, un gouvernement officiel qui semble mal en point et un maréchal qui se verrait bien en maître du pays. La capitale libyenne pourrait tomber dans les mains du maréchal Haftar… ce dernier a lancé une offensive sur la capitale il y a quelques jours avec ses troupes : l’armée nationale libyenne. La cible : le gouvernement reconnu par l’ONU et à la tête duquel on retrouve le premier ministre Fayez al-Sarraj.
Cantonné jusqu’à présent à la domination de la Cyrénaïque région située à l’est du pays, Haftar entend récupérer la partie de la Tripolitaine qui lui échappe au nord-ouest du territoire… pour cela, outre son armée, il bénéficie du soutien du Parlement de Tobrouk, instance qui siège dans l’est du pays depuis 2014…
Fort de son succès militaire à Benghazi face à des forces islamistes, parmi lesquelles Daech, le maréchal Haftar contrôle depuis 2018 tout le croissant pétrolier et a su négocier des alliances avec des tribus… il contrôle également la quasi intégralité de la frontière avec l’Algérie ainsi qu’une partie de la frontière tunisienne.
La situation en Libye est complexe et la personnalité du maréchal Khalifa Haftar, 75 ans, laisse place à de nombreuses interrogations. En effet, celui qui entend reprendre en main le pays est doté d’une santé fragile. Il a longtemps été proche des Etats-Unis et s’appuie aujourd’hui sur d’autres soutiens parmi lesquels, l’Egypte, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis alors que la Turquie et le Qatar se sont rangés derrière le « gouvernement de Tripoli ».
Washington de son côté semble avoir changé son fusil d’épaule puisque le chef de la diplomatie étasunienne Mike Pompeo a déclaré l’opposition de son pays à l’offensive en cours appelant à l’arrêt immédiat des combats. En outre les forces américaines présentes sur place se sont retirées au moins provisoirement.
Même son de cloche du côté de la diplomatie européenne par l’intermédiaire de l’italienne Federica Mogherini.
Le maréchal Haftar bénéficie en revanche d’un relatif soutien de la Russie même si Moscou entend ménager les deux camps avec peut-être comme arrière-pensée de jouer un rôle de conciliateur qui lui permettrait d'asseoir un peu plus sa place dans le jeu diplomatique du Proche Orient.
La France, qui a un temps plus penché du côté du maréchal qu’elle a soutenu pour la prise de Benghazi, semble aujourd’hui bien embarrassée. En juillet 2017 Paris avait d’ailleurs organisé une rencontre entre Haftar et Sarraj, le chef du gouvernement officiel pour tenter d’amorcer un processus de réconciliation… difficile toutefois pour la France de se positionner d’autant plus que son rôle dans le chaos libyen est évident. Le président du parlement européen, l’italien Antonio Tajani, a ainsi déclaré le 6 avril dernier que Nicolas Sarkozy était l’un des principaux protagonistes de la chasse à Mouammar Kadhafi et de son meurtre avec les américains et les britanniques.
L’ONU a pour sa part annoncé la réunion de son conseil de sécurité ce mercredi pour évoquer la situation du pays.