08 novembre 2019
"L’OTAN en état de mort cérébrale", le constat lucide d'Emmanuel Macron qui ne semble toutefois pas apporter de solution fiable au problème

08 novembre 2019

Le président Emmanuel Macron jette un pavé dans la mare en évoquant l’OTAN comme étant en état de mort cérébrale. Un constat lucide qui a suscité de vives critiques chez ses alliés
Le président français a donné une interview qui n’est pas passée inaperçue dans laquelle il s’attaque à l’Organisation Atlantiste, un entretien détonnant qui témoigne d’une certaine clairvoyance mais qui ne semble pas apporter de solution fiable.
« L’Otan est en état de mort cérébrale ». Non ce constat n’est pas celui d’un mouvement d’opposition mais celui du président de la république française dans un entretien accordé au magazine britannique The Economist. Par ailleurs Emmanuel Macron a déclaré que l’Otan est :* « Un projet où les Etats-Unis assurent une forme d’ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. La France n’a pas signé pour ça »*. Un constat froid et lucide que partage d’ailleurs Donald Trump, assez peu enclin à soutenir cette structure d’un autre temps que son pays a créé.
Le président français déplore un manque de coordination dans les prises de décision de l’OTAN, une absence de cohésion qui aura été flagrante avec l’intervention turque au nord de la Syrie. Un jeu proche-orientale dont la France s’est exclue en soutenant maladroitement Washington. Les déclarations du président n’ont en tout cas pas manqué de faire réagir. La chancelière allemande Angela Merkel et le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg ont pris leur distance avec ces propos.
La prise de position d’Emmanuel Macron déplait naturellement à l’Allemagne qui préfère le statu quo vis-à-vis de l’Otan, Berlin ayant depuis longtemps renoncé bon gré mal gré à redevenir une puissance armée. Quant au secrétaire général de l’Otan, le norvégien Jens Stoltenberg, il défend son bout de gras et une position atlantiste commune aux pays scandinaves.
Le président français, pour sa part ne fait finalement qu’enfoncer une porte ouverte mais peut ainsi un peu se dédouaner de l’inaction de la France et ses partenaires face à l’offensive turque et l’abandon des Kurdes de Syrie. Une déclaration à moindre frais qui permet à Emmanuel Macron de plaider à nouveau pour une Europe de la Défense. Projet aujourd’hui difficilement audible eu égard aux lignes de fractures idéologiques entre les Etats membres.
Le président français a par ailleurs évoqué la nécessité d’une souveraineté militaire européenne ainsi que le besoin de rouvrir le dialogue stratégique avec la Russie. Une main tendue mais aussi des critiques vis-à-vis de Moscou puisqu’Emmanuel Macron n’a pas hésité à dénoncer le projet de Vladimir Poutine qu’il qualifie d’anti-européen par son conservatisme. Une opposition entre conservatisme et progressisme qui plaît au président français mais qui n’a guère lieu d’être en matière de diplomatie…
Quoi qu’il en soit, l’entretien qu’a donné Emmanuel Macron au titre britannique n’a rien d’anodin et témoigne d’un certain franc-parler de celui-ci ainsi que d’une clairvoyance. Clairvoyance dans le constat mais casse-tête dans les solutions.
En effet si l’Europe de la Défense peut paraître séduisante sur le papier, elle impliquerait une volonté d’autonomie Continentale vis-à-vis de Washington notamment, ce qui n’est pas le cas et encore moins dans une Europe à 28.