25 février 2022
Manu Militari - La guerre profitera-t-elle à Macron ? (Présent)

La guerre en Ukraine s’invite dans la campagne présidentielle. L’attaque russe menée depuis jeudi a bousculé l’Europe et pourrait avoir un impact majeur sur la scène politique française.
« Le président s’est battu pendant des semaines pour éviter une invasion russe de l’Ukraine. Aujourd’hui, l’armée de Poutine recule. Macron, c’est l’Europe et la paix. » Voilà le message que diffusaient des partisans d’Emmanuel Macron le 15 février dernier suite à la visite du président de la République à Moscou.
Dix jours plus tard, la France et l’Europe entière ont constaté qu’Emmanuel Macron avait été manipulé par Vladimir Poutine et que ses qualités diplomatiques étaient proches du néant.
Ce qui devrait l’exclure de facto de la course à la réélection, ou du moins sérieusement le pénaliser, est pourtant omis par les médias et le paysage politique français depuis le début de l’invasion russe en Ukraine. Il est même fort à parier que la guerre aux portes de l’Union européenne lui donnera une légitimité aux yeux des Français en tant que « chef des armées » mais également dans la sacro-sainte optique de la « stabilité » en période de crise.
Six semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle, qui osera contredire l’homme qui a la tâche de défendre la nation et ses intérêts ? Qui osera présenter des thématiques nationales très terre à terre (immigration, pouvoir d’achat…) face à un Emmanuel Macron qui se voudra « au-dessus de la mêlée » et se présentera plus que jamais comme « le président de l’Union européenne » ?
Par ailleurs, dès jeudi, les attaques contre ses principaux concurrents se sont multipliées. Jean-Luc Mélenchon, Valérie Pécresse, Marine Le Pen et surtout Eric Zemmour ont tour à tour été accusés d’être à la solde du Kremlin, ayant par le passé tenu des propos favorables ou bienveillants à l’égard de Vladimir Poutine, ou ayant réagi à l’attaque russe avec tact, s’indignant de l’offensive mais entendant certaines revendications des assaillants.
Chercher une troisième voie est éliminatoire pour les bien-pensants, la mesure et l’esprit critique sont considérés comme des trahisons quand bien même elles paraissent indispensables à la paix. L’expansion de l’UE et de l’OTAN mène le continent vers le chaos, mais c’est le patriotisme qui est accusé.
Emmanuel Macron a désormais le champ libre et en profite. Dans une allocution alarmiste prononcée peu après le début des hostilités, le président de la République a évoqué « une attaque militaire massive » qui aura « des conséquences durables, profondes sur nos vies », qualifiant même cet épisode de « tournant dans l’histoire de l’Europe et de notre pays ». La France n’est pourtant pas en guerre.
Cette intervention s’est faite devant le drapeau ukrainien. Un choix loin d’être anodin qui tord le cou à toute velléité de résolution diplomatique de la crise.
Quelques heures plus tard, depuis Bruxelles, Emmanuel Macron annonçait un soutien matériel aux Ukrainiens, y compris du matériel militaire.
Deux ans après, fantasme-t-il de répéter aux Français que « nous sommes en guerre » ?
Si une telle extrémité paraît improbable, Emmanuel Macron pourrait bien jouer avec le feu, se sentant investi d’une mission supérieure au service de l’Europe mais aussi, plus prosaïquement, pour se présenter comme la seule option possible auprès des électeurs français au mois d’avril.
A moins que la crise ne justifie un report de l’élection.