04 décembre 2018
Ne manquez pas L'incorrect !

L'incorrect du mois de décembre est arrivé (N°15) !
« On en a marre »; « c'est toujours les mêmes qui paient »; « on est chez nous »; « trop d'impôt tue l'impôt »; etc. La grande jacquerie des gilets jaunes (c'est étrange comme toute révolution se fait en couleur) aura abondé en slogans frustes, loin, loin des mots d'esprit du 68 intellectuel et estudiantin, cette rustauderie témoignant certainement et paradoxalement de la vérité de ses causes et de ses motifs. Car cette France qui manifeste n'était pas du tout pas celle qu'on attendait : France des artisans, des employés, des petits indépendants, voire des chômeurs ; France du fond du panier qui ne remue généralement un orteil qu’une minute avant de mourir. Et non pas France des habituels fonctionnaires, syndiqués, cheminots et professeurs, son double mimétique qu'elle déteste et qu’elle réprouve autant qu'elle la désire.
La France en gilet est-elle de droite, est-elle de gauche? La question est poisseuse comme une pompe à diesel. Cette France est d’abord de France, parce qu’elle n’a aucun autre choix, et elle meurt aussi de cette impression que la France dont elle croyait être, l'aura plus que méprisée: oubliée. Bernanos, encore une fois, Bernanos toujours une fois, la dit dans ces mots poignants : « Je me suis toujours efforcé de comprendre la France, parce qu'elle m'est toujours apparue depuis l'enfance ainsi qu'un être vivant, vraiment vivant, c'est-à-dire capable d'aimer. Je ne souhaitais pas seulement de l'aimer, comme si mon amour était un don précieux, volontaire, qu'elle dût accepter avec gratitude. Je désirais de tout mon cœur qu'elle m'aimât, qu'elle me comprit, qu'elle me reconnût pour l’un des siens, que son regard se posât sur moi, ne fût-ce qu'un moment, qu'elle se révélât le temps d'un éclair, une fois, une seule fois, comme le bon Dieu daigne se révéler aux saints »(...).
Extrait de l'éditorial de Jacques de Guillebon.