31 octobre 2019
Nouveau plan banlieue dans le département de Seine-Saint-Denis (93)

Alors que les contribuables sont invités à se serrer la ceinture et que le chômage réel dépasse les 10 % en France, l’Etat dévoile un énième plan pour le département de Seine-Saint-Denis (93)…
Un nouveau plan pour la banlieue
Un déplacement en grande pompe en Seine-Saint-Denis. La phase deux du quinquennat Macron est bel et bien lancé et les portes flingues ministériels du président ont à présent pour mission de causer un peu social… social, oui ! mais pas avec n’importe qui… le public visé ici ne porte pas le Gilet Jaune mais se trouve en banlieue et plus précisément en Seine Saint Denis, département d’île de France comptant quelques 1 million et demi d’habitants… dont une part non négligeable de personnes d’origine extra européenne.
Un territoire également marqué par le chômage. Et si les chiffres officiels n’atteignent pas les 15 %, le taux d’inactivité réel pourrait être bien plus important que les statistiques gouvernementales… des données statistiques officielles vues à la baisse qui cachent souvent une situation économique déplorable… mais des données qui donnent néanmoins quelques indications sociologiques intéressantes : ainsi le département connait plus de chômeurs que de chômeuse et près d’un tiers des jeunes de moins de 24 ans seraient sans emploi.
Le déplacement du premier ministre Edouard Philippe, flanqué de cinq autres ministres : l’Intérieur, la ville et le logement, l’Education Nationale, la Justice et la Santé, a été l’occasion d’annonces en grande pompe de l’exécutif… une manière aussi, comme pour les gouvernements précédents, de permettre à l’Etat d’acheter une certaine paix sociale.
Une paix sociale dans des territoires à fort niveau de délinquance qui se traduit en cinq axes et 23 mesures… parmi ces mesures l’une d’entre elle fait particulièrement de bruit : elle se nomme « l’Etat plus fort en Seine Saint-Denis » et consiste en une prime de fidélisation de 10 000 euros pour les courageux fonctionnaires restés cinq années dans le département… et pour cause, ceux-ci restent en moyenne moins de trois ans sur place, contre une moyenne de sept ans dans un département comme l’Essonne. Pour cette prime à la sédentarité, l’Etat envisagerait un budget annuel de 35 millions d’euros.
Tout un panel de mesures favorables aux agents travaillant dans ce département accompagnera cette prime. L’exécutif promet aussi cent officiers de police judiciaire supplémentaires sur deux ans et la rénovation de commissariats dans plusieurs villes. A cela s’ajoutent de nouveaux effectifs dans le domaine judiciaire avec 35 postes de greffiers et douze magistrats.
Côté médical, le plan prévoit la modernisation des urgences de plusieurs villes d’ici 2024 et la création d’un groupement hospitalier de santé ainsi qu’une aide à l’installation des médecins dans le département, en prenant en charge jusqu’à 100 % des charges d’investissements. Enfin pour le domaine éducatif, il est question d’élargir les contrats de préprofessionnalisation et d’augmenter le nombre de boursiers à la condition que ceux-ci viennent travailler dans le "9-3".
Si la plupart des mesures ont reçu un accueil assez favorable, la mouture éducative paraît ne pas vraiment satisfaire une partie du maillage associatif et politique local.
Le président socialiste du département, Stéphane Troussel, est cependant plutôt favorable à ces mesures et salue des "avancées", tout comme le député LR François Cornut-Gentille, co-auteur d’un rapport sur le département. Des soutiens socialistes et en provenance des Républicains qui témoignent de la confusion qui règne dans le paysage politique français mais aussi d’une action qui en apparence peut sembler plutôt intelligemment menée. En effet Edouard Philippe entend, à travers ces mesures, inscrire son action dans une démarche de moyen terme et faisant s’installer des professionnels de santé et en permettant aux agents de rester plus longtemps sur place. Des vœux pieux qui ne devraient cependant pas faire de miracles.
En effet, lors du déplacement ministériel et quand il est question de ce type de territoire, revient sans cesse le thème du « vivre ensemble », un fameux « vivre ensemble » rendu presque impossible… pour de multiples raisons qui ne sont pas uniquement sociales. Un problème qui n’est donc pas traité à la racine et qui ne se résoudra pas à grands coups de millions d’euros d’aide aussi bien placés soient-ils.
Une chose est sûre, avec ce déplacement et ces annonces, le gouvernement semble déjà en opération séduction pour les prochains scrutins locaux, avec une habile communication donnant le change à la droite institutionnelle en renforçant les services de polices et à gauche en finançant la sédentarisation des agents du service public sur place.