18 septembre 2019
Où l’on reparle de l’inflation

Présent - L’inflation, c’est, grossièrement, les prix qui courent après les salaires, et les salaires après les prix ; et le phénomène s’auto-entretient. Les baby-boomers ont bien connu cette fameuse inflation, celle des années 1960 à 1980 : elle avait une forte odeur de pétrole mais ce n’était pas le seul facteur. Puis celle-ci a disparu au cours de la décennie 1980, « ce pelé, ce galeux, d’où nous venait tout le mal » ! L’inflation était combattue par les économistes et les politiques, puisqu’on avait perdu la croissance à cause d’elle, du moins d’après ce qu’ils en disaient.
Nathalie Loiseau, qui ne perd jamais l’occasion d’une maladresse, déclarait dans un *tweet *le 7 septembre : « L’euro nous a protégés de l’inflation depuis 20 ans. » Mais certes pas de la déflation, car, en fait nous avons les deux : déflation des salaires mais pas pour les prix (depuis combien de temps cette dame n’a-t-elle pas fait ses courses elle-même ?).
Et les « sachants », jadis, de préconiser tous la « désinflation compétitive », par le moyen de la concurrence, laquelle s’exerçait désormais par la grâce de la mondialisation ! Sauf qu’aux baby-boomers l’université avait appris que la rançon de cette inflation était le quasi-plein emploi, la courbe de Phillips emblématique des *sixties *le montrait clairement. Mais tout cela n’était apparemment que vieilles lunes des Trente Glorieuses !
Voilà néanmoins que dame inflation reviendrait, que la courbe de Phillips retrouverait une certaine pertinence, et même qu’on l’appellerait de ses vœux, à Bruxelles comme à Paris et Berlin (les Allemands étant pourtant très prévenus historiquement – voir 1921 – sur la question de l’inflation !). Mais c’est aux USA qu’on la voit revenir, le taux de chômage étant bas, et, jusqu’à ces derniers mois, la croissance étant forte (même si elle s’obtenait par l’endettement). Une tension sur les salaires s’observe, outre-Atlantique, elle est moins forte sur les prix pour l’instant : les entreprises compriment leurs marges en raison de la concurrence chinoise. Mais les mesures protectionnistes de Trump pourraient faire remonter les prix.
Par ailleurs, en Amérique et en Europe, n’oublions pas que les facilités monétaires (QE) cherchent, par l’abondance de liquidités, à obtenir un niveau d’inflation « raisonnable ». L’inflation produit des taux d’intérêt réels négatifs (nominal moins inflation) et la Banque centrale européenne (la BCE) les fabrique toute seule comme une grande, mais sans le bénéfice de la croissance. Tant il est vrai que ce n’est pas la monnaie qui crée la croissance mais la croissance qui crée la monnaie. Enfin, n’oublions pas que, dans le modèle des Trente Glorieuses, les syndicats étaient assez puissants pour obtenir des augmentations de salaires. Or la pression concurrentielle des pays émergents et la bureaucratie syndicale ont liquidé cette logique. Aussi bien, les Etats endettés comme ils le sont demeurent intéressés par l’inflation, qui efface les dettes publiques.
Alors, inflation ou déflation ? La vraie question est : qui y perd, qui y gagne ?
On ne s’étonnera pas, quelle que soit l’option (inflation ou déflation), d’y compter les mêmes catégories, retraités, petits épargnants, semblablement essorés par les taux d’intérêt négatifs, les classes moyennes, les familles et les bas salaires, les agriculteurs et les périphéries, les employés uberisés, les personnels de santé, bref l’ensemble des nouvelles « classes dangereuses », exclues du bonheur macronien, et potentiellement porteuses de crise sociale. Il semble (pour une fois, nous adoptons la rhétorique de Macron) que nous avons *en même temps *les maux de l’une et de l’autre, l’une ou l’autre devant, à terme, l’emporter à l’occasion d’un chambardement hautement probable.
Olivier Pichon pour Présent