28 juin 2019
Pour Karim Drif, la Goutte d’or a fait déborder le vase

Découragé par l’insécurité de ce secteur du dix-huitième arrondissement de Paris, ce restaurateur s’est résigné à fermer son établissement, une institution dans le quartier depuis quarante-huit ans.
Le 1er juin, comme tous les jours, Karim Drif a installé des tables en plastique blanc sur sa terrasse et y a déployé les parasols rouge Coca-Cola. A l’intérieur, sur le comptoir, il a disposé des gâteaux au miel sous une cloche en verre. Toute la journée, il a servi du café, des steak frites, des couscous-merguez, de la bière, du thé à la menthe… Comme d’habitude, il a fermé tard. Le lendemain, il n’est pas revenu. Ni le jour suivant.
Dix jours plus tard, il a partagé sur Facebook la longue lettre envoyée aux élus municipaux pour annoncer que, après quarante-huit ans d’existence, le restaurant A la Goutte d’or, une institution de ce quartier du dix-huitième arrondissement de Paris, avait définitivement fermé ses portes. Il raconte que, s’il a longtemps tenu le coup, il veut désormais profiter de ses deux petites filles et d’une vie plus calme au Raincy (Seine-Saint-Denis), où il s’est installé. A 37 ans, il n’en peut plus des semaines de quatre-vingts heures, à jongler entre le bistrot et la liquidation judiciaire, prononcée début juin. Ses dettes ne sont pas énormes – « 5 000 euros » – mais, malgré une cagnotte de soutien lancée par des riverains et amis, il jette l’éponge. En cause, la situation du quartier de la Goutte-d’Or : « Ce qui s’y passe et ce que l’on y subit au quotidien est irréel. »
Dans son message, le trentenaire décrit une zone chaotique : mineurs isolés et ultraviolents, trafics en tout genre, agressions, dégradations et saleté de la voie publique. Il raconte aussi que sa mère a peur de venir dans son restaurant et qu’à la fin du mois de mai, après une bagarre entre « clandos », un couteau a atterri à quelques centimètres de l’une de ses clientes. Quand il a lu dans les journaux que la Mairie de Paris accusait l’Etat de permettre à la délinquance d’exploser dans la capitale, le restaurateur s’est dit que le « ping-pong » avait repris : depuis des décennies, il entend les uns et les autres se rejeter la responsabilité de ce quartier « quasiment laissé à l’abandon ».