11 décembre 2019
Salauds de pauvres !

Nos lecteurs auront compris que nous ne faisons pas nôtre cette phrase de Jean Gabin dans La Traversée de Paris, à deux semaines de Noël et en pleine grève ! Mais les pauvres ne font pas grève, on peut redouter que cette pauvreté ne puisse s’exprimer, occultée comme elle l’est par le clinquant de ce qui est devenu une fête consumériste et par des revendications corporatistes qui ne sont pas celles des pauvres.
Plusieurs approches de la pauvreté, celles des statistiques mais elle leur échappe, elle est celle des petits, des sans-grade, par classes d’âge, étudiants, jeunes travailleurs, personnes âgées, celle des travailleurs pauvres, celle des femmes, celle des familles et des enfants, celle importée et celle induite par les choix économiques de l’oligarchie.
Combien de pauvres ? Qui est pauvre ?
Nous avions, en France, un Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES). Il y avait quelque chose de dérisoire dans cet observatoire qui observait mais n’y remédiait point, néanmoins sa suppression prévue pour janvier 2020 est bien la marque de Macron et une perte statistique. 14,7 % des Français, c’est-à-dire 9,3 millions de personnes, vivent sous le seuil de pauvreté en France. Officiellement, pour 2019, est considérée comme pauvre, une personne disposant de 60 % du revenu médian, soit, en France, 1 015 euros par mois pour une personne. Le revenu médian, c’est ce qui sépare la population en deux. 50 % ont un revenu supérieur à 1 015 euros et 50 % un revenu inférieur.
Plus d’observatoire, pas de chiffres, pas de pauvres ! Macron nous fait le coup du thermomètre. Ce d’autant qu’il y a déjà invisibilité de certaines populations qui, bien que pauvres, n’apparaissent pas dans les statistiques publiques, celles des périphéries (C. Guilluy, La France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires). D’autres sources que l’ONPES vont jusqu’à onze millions de pauvres.
Catégories socioprofessionnelles et classes d’âge.
On parle de précarité étudiante, elle est une réalité, l’uberisation de l’emploi leur permet des petits boulots fort mal payés. A l’autre bout de la vie, les retraités, c’est l’objet des grèves ; cette nouvelle réforme des retraites, c’est effectivement la fin des régimes spéciaux, si contraires à la justice, mais avec le risque d’une baisse des pensions pour tout le monde. Pensions déjà maigres pour de nombreux retraités, agriculteurs, petits artisans, personnels hospitaliers et, bien sûr, les femmes dont M. Delevoye, haut-commissaire pour basse besogne, veut rogner la réversion. Et puis, une part des Gilets jaunes, ceux des Restaurants du cœur et des associations caritatives, du monde, beaucoup de monde !
A côté de cela, nous donnons des RSA, on paye à ne rien faire des gens qui pourraient travailler et l’on veut réduire les retraites de ceux qui ont travaillé toute une vie, bienvenue en Absurdistan ! Il y a aussi le phénomène des travailleurs pauvres, l’image en étant donnée par un actif qui dort dans sa voiture, et, bien sûr, les SDF, population difficilement recensée, sinon à l’heure du décès. 612 en 2018 (d’autres disent beaucoup plus) soit cent de plus qu’en 2017 et la mort survient avant cinquante ans, l’espérance de vie de la rue !
Et puis il y a les enfants, encore plus invisibles pour la mesure monétaire, on estime ceux-là à trois millions dont beaucoup issus de l’immigration. La gauche a toujours aimé les pauvres, c’est pourquoi elle en fabriquait ; maintenant, c’est LREM qui en importe.
Un pognon de dingue !
Mais le comble en la matière est l’augmentation du nombre des pauvres en dépit des aides publiques ; le chiffre de « risque de pauvreté après transferts sociaux », qui fait foi pour les spécialistes, inclut l’accès aux prestations sociales. Dans un pays qui consacre un tiers de sa richesse nationale à la redistribution, un record mondial ! La France garde la première place du classement des dépenses sociales des pays de l’OCDE, avec un total correspondant à 31,7 % de son PIB, (d’autres vont jusqu’à 37 %). Or, depuis 2008, le pourcentage national de ces personnes pauvres a augmenté là aussi d’un point, de 12,5 % à 13, 4 % de la population considérée comme pauvre. Bilan : plus on remédie à la pauvreté, plus elle augmente. Enfin, l’indice de Gini constate un creusement de l’écart de richesse, tandis que la théorie du ruissellement (Trickle down) ne se vérifie guère.
Mais, me direz-vous, ce recensement en chiffres est bien abstrait. Alors souvenons-nous, à l’approche de Noël, que « par un édit de César Auguste » qui, lui aussi, voulut compter les hommes, riches ou pauvres, l’Enfant Dieu naquit pauvre au pays de son royal ancêtre, David, à Bethleem.
Olivier Pichon pour Présent