23 février 2022
Une taupe soviétique au Canard enchaîné (Ojim)

Nous n’avons pas souvent l’occasion de complimenter L’Obs. Ne boudons pas notre plaisir à la lecture d’un article du numéro 2991 (du 17 au 23 février 2022) révélant que le palmipède avait abrité un agent des services tchèques (contrôlés par les soviétiques) de 1957 à 1969, un certain Jean Clémentin qui signait Jean Manan. Un scoop signé Vincent Jauvert.
Jean Clémentin, une carrière au Canard
Né en 1924 dans le Calvados dans une famille catholique, un père officier à la retraite ou agriculteur selon les sources, rien ne prédispose Jean Clémentin au communisme. Pistonné par son oncle il part en Indochine en1950 comme reporter à l’agence de presse de l’état-major puis reste correspondant de l’agence Associated Press pendant trois ans. Dégoûté du colonialisme il devient journaliste à Libération, pas le journal actuel, celui d’Emmanuel d’Astier, un compagnon de route du PCF de l’époque. Il collabore à d’autres médias de gauche comme Combat ou Regards.
En 1957 il est recruté au Canard enchaîné alors dirigé par Ernest Reynaud (R.Treno). Il deviendra rédacteur en chef et recrutera l’ancien communiste Claude Angeli en 1971 qui deviendra à son tour rédacteur en chef. Clémentin abandonne la rédaction en chef en 1976 pour se diriger vers l’investigation et surtout les pages culturelles. Il quitte le journal en 1989 après 32 ans de bons et loyaux services. Agé de 98 ans il vit en région parisienne.
Pipa, honorable correspondant des services tchèques
Jean Clémentin c’est Jean Manan ou Hervé Terrace, ses pseudos de plume, mais c’est aussi Pipa, son nom de guerre pour les services tchèques qui l’emploient à partir de 1957. Nous sommes alors en pleine guerre froide. Clémentin a été contacté dès 1954, l’invasion de la Hongrie par les soviétiques en 1956 ne l’a pas refroidi et son officier traitant lui fait monter des dossiers via le palmipède, des articles de commande et d’influence.
Parmi ses exploits, l’invention d’un faux testament politique de Konrad Adenauer, favorable à de Gaulle et anti-américain, 4000 deutsche marks de l’époque de prime. Également un autre dossier montrant la possible implication des services américains dans l’enlèvement du marocain Ben Barka par des barbouzes françaises. Et en plus des centaines de notes diverses, allant de la santé du général de Gaulle à des compte-rendus de conférences internationales.
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